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FWI Opinion & Interview

La baronne Warsi, incapable — ou peu désireuse — de défendre la société civile britannique

Pressentie par les travaillistes pour piloter la lutte contre l'islamophobie, elle affirme que seuls « six cinglés » soutiennent le Hamas au Royaume-Uni.

Hannah Baldock est une journaliste spécialisée dans la radicalisation, le terrorisme et l'islamisme. Elle collabore régulièrement à Focus on Western Islamism.

Protesters at a January 20, 2025 rally in London demonize Israel, adding fervor and strength to the Islamist cause in the United Kingdom.
Des manifestants diabolisent Israël lors d'un rassemblement à Londres, le 20 janvier 2025. La baronne Sayeeda Warsi, qui se présente comme une adversaire des préjugés, affirme que seuls « six cinglés » soutiennent au Royaume-Uni des organisations telles que le Hamas. · (Hannah Baldock)

Avant-goût de la manière dont elle s’acquitterait de ses responsabilités de « tsarine » travailliste de la lutte contre l’hostilité envers les musulmans — poste pour lequel elle serait donnée favorite —, la baronne Sayeeda Warsi, pair britannique et ancienne ministre conservatrice, a découragé la recherche et l’analyse des racines idéologiques du terrorisme islamiste.

Warsi, pair sans étiquette, a quitté les conservateurs à la Chambre des lords en 2024 après avoir refusé de supprimer un message sur X où elle félicitait une manifestante anti-Israël, acquittée d’une infraction à l’ordre public à caractère raciste — la manifestante avait brandi une pancarte représentant le premier ministre de l’époque, Rishi Sunak, et la ministre de l’Intérieur d’alors, Suella Braverman, sous forme de noix de coco. Warsi avait publié sur X une photo d’elle buvant dans une noix de coco et adressé à la manifestante ses « many congratulations ».

L’esquive de Warsi sur l’idéologie islamiste est intervenue pendant les questions qui ont suivi sa conférence inaugurale, prononcée le 3 septembre 2026 dans l’amphithéâtre Darwin de l’University College London (UCL). Elle s’exprimait au nom d’Equi, une structure dirigée par des musulmans, surgie de nulle part en 2024 en se présentant comme un « leading think tank », et qui a depuis produit une série de rapports tendancieux sur les émeutes de Southport, la finance islamique et la dévolution. Ces rapports contiennent d’ambitieux « action plans » destinés à justifier l’intervention de l’État, mais sont dépourvus de données solides et significatives.

En ouverture de la conférence inaugurale d’Equi, son directeur général, Javed Khan, a déclaré : « We are founded on a very simple belief that better evidence leads to better conversations. » Mais, dans son intervention, les éléments avancés étaient anecdotiques. Après avoir préparé son auditoire à une « radical openness and disruptive thinking » sur les défis de la cohésion sociale en Grande-Bretagne, Warsi s’est livrée à des coups politiques à bon compte, en jetant le doute sur le patriotisme de Reform UK, parce que l’épouse de son vice-président s’était installée à Dubaï pour échapper aux ponctions fiscales des travaillistes, et de Restore Britain, parce que son cofondateur avait déclaré que la Grande-Bretagne est « a people defined by indigenous British ancestry and Christian faith », alors que, a relevé Warsi, le défunt père du roi Charles III, Philip, était grec et que la mère de Winston Churchill était américaine.

Elle esquive la question

À l’issue de son intervention, j’ai demandé à la baronne de répondre à l’hostilité profonde des adeptes des mouvements fondamentalistes déobandi sud-asiatique et salafiste arabe — qui contrôlent la majorité des mosquées britanniques — à l’égard des modèles politiques et économiques occidentaux, de la philosophie des Lumières fondée sur l’autonomie personnelle, le pluralisme et l’universalité des droits humains, et de l’égalité entre les sexes. Hélas, elle a paru incapable — ou peu désireuse — d’engager un débat raisonné sur ce point.

Pourquoi cette réticence ? Elle a pourtant confié en plaisantant à la BBC avoir pris, après le 11-Septembre, une « année sabbatique jihadiste » de neuf mois au Pakistan, avant de travailler sur les questions de contre-terrorisme avec l’ancien ministre conservateur des Affaires étrangères William Hague. Elle pourrait offrir un éclairage réel sur la vision du monde des terroristes islamistes — d’autant que beaucoup sont passés par les cercles du Tablighi Jamaat dans lesquels elle a raconté avoir grandi, enfant, à Dewsbury, dont deux des quatre auteurs des attentats-suicides du 7 juillet 2005 dans des bus et le métro de Londres. Ces « nutcases », comme elle les appelle, ont tué ou infligé des blessures physiques et psychiques irréversibles à des centaines de personnes, dont des enfants, comme nous l’ont rappelé le mois dernier encore les survivants du groupe Resilience in Unity.

Un ancien président de l’Islamic Society de l’University College London, dans les murs mêmes où se tenait sa conférence — « Underwear Bomber » Umar Farouk Abdulmutallab —, a tenté de faire exploser un avion de ligne à destination de Detroit le jour de Noël 2008. Pourquoi Warsi affirme-t-elle que je ne devrais pas « waste my time » à interroger les motivations de ces « nutcases » ?

Warsi a déclaré au cours de la discussion : « Does the Muslim community have nutcases? Absolutely. Does the Christian community have these nutcases? Absolutely. Does the Jewish community have these nutcases? Absolutely. And they’re always on display for all of us to see, » a-t-elle ajouté.

Commentaire étrange. Ces « nutcases » sont-ils vraiment « on display for all of us to see » ? Non, bien au contraire. Le département d’ingénierie de l’UCL décrivait Abdulmutallab comme quelqu’un de « well-mannered » et qui « never gave his tutors any cause for concern. »

Les militants des Frères musulmans arabes et du Jamaat-e-Islami sud-asiatique — sources idéologiques du dogme islamiste clivant et suprémaciste auquel adhèrent de nombreux groupes terroristes, y compris la doctrine légitimant le djihad offensif — se font passer depuis des décennies pour des œuvres caritatives, des éducateurs, des imams et des lobbyistes politiques, et recourent systématiquement au harcèlement judiciaire pour dissuader les journalistes, ce qui rend difficile de les suivre et d’éclairer l’action publique. Cela explique pourquoi l’Autriche s’est dotée d’un « Observatory for Political Islam » pour les surveiller, fonction assurée en Allemagne par son Office for the Protection of the Constitution.

Quant aux prédicateurs de la haine religieuse : sans les courageux reporters infiltrés à l’origine des documentaires « Undercover Mosque » de l’émission Dispatches sur Channel 4, diffusés en 2007 et 2008, le public britannique ignorerait toujours qu’on y prêche activement la haine de quiconque n’est pas musulman sunnite fondamentaliste — en particulier les non-musulmans, les apostats, les blasphémateurs, les adultères, les homosexuels et les femmes non voilées. Habibi remplit la même fonction depuis le 7 octobre 2023.

À l’appui de ma question, j’ai cité un sondage réalisé en avril 2024 par JL Partners, selon lequel les musulmans britanniques ont plus souvent une opinion positive que négative du Hamas, organisation terroriste interdite au Royaume-Uni ; que 52 % souhaitent rendre illégal le fait de montrer une image du prophète Muhammad ; et que seul un sur quatre croit que le Hamas a commis des viols et des meurtres le 7 octobre 2023. Plutôt que de se confronter à ces résultats, Warsi les a éludés et niés.

Sans surprise, Warsi a répondu : « I honestly don’t know who the six freaks are that you speak to that give you all this data, but the people I speak with and spend time with — hundreds and thousands of them — I have yet to meet somebody who’s told me ‘Hamas is a great thing.’ »

La réalité que Warsi a niée

Doit-on vraiment croire que seuls « six freaks » soutiennent le Hamas au Royaume-Uni, alors que des dizaines de personnes ont laissé éclater leur joie et brandi des drapeaux palestiniens dans des villes du pays le 8 octobre 2023, parmi lesquelles des médecins du NHS et des imams — certains sans doute lecteurs de 5 Pillars, qui a repris à son compte le récit des attaques livré par les cerveaux du Hamas, sans aucun point de vue contradictoire ? Ou alors qu’en juin 2025, 40 organisations basées au Royaume-Uni ont réclamé le retrait du Hamas de la liste britannique des organisations terroristes, après que le cabinet d’avocats Riverway Law et l’association CAGE International ont déposé des recours juridiques auprès de la ministre de l’Intérieur d’alors, Yvette Cooper ?

En novembre 2023, le député travailliste Christian Wakeford a désigné Zaher Birawi, organisateur des marches hebdomadaires anti-Israël, comme l’un des quatre « Hamas operatives » au Royaume-Uni. Un autre était Mohammed Sawalha, administrateur de la mosquée de Finsbury Park — affiliée de premier plan du Muslim Council of Britain, dont les campagnes contre l’« Islamophobia » ont longtemps eu la baronne Warsi pour porte-voix, et dont elle a reçu le prix « Political Champion » lors de son dîner de gala de 2025. L’ancien président de la mosquée et ancien secrétaire général adjoint du MCB, Mohammed Kozbar, a salué le fondateur du Hamas, Sheikh Ahmed Yassin, comme « the master of the martyrs of the resistance. » La baronne Warsi n’a-t-elle vraiment jamais rencontré aucune de ces personnes ?

Son discours au dîner de gala du MCB de janvier 2025, publié sur Facebook, était assurément calibré pour un auditoire acquis à la « resistance » lorsqu’elle a lancé : « How dare they! How dare we be told who we can have to speak on our behalf... How dare we be told that we are going to be accountable for what somebody may have said two decades ago! »

Elle faisait allusion à une déclaration de 2009 signée par l’un des dirigeants du MCB, qui semblait cautionner la violence contre les forces armées britanniques si celles-ci venaient à soutenir un blocus des armes à l’encontre de Gaza. Le gouvernement avait alors rompu ses relations avec le MCB, position officielle toujours en vigueur.

Tout cela contribue à expliquer l’essor d’Equi et sa tentative de réorienter des moyens d’un gouvernement travailliste soucieux d’endiguer l’hémorragie du vote musulman depuis le début de la guerre d’Israël à Gaza en 2023. Son discours soigneusement calibré à l’UCL était à mille lieues de ses envolées pour le MCB. Le gouvernement ne devrait pas s’y laisser prendre. Avec ses cheveux non couverts, son accent du Yorkshire et un style de communication direct, manches retroussées — sans la moindre référence religieuse —, la baronne Warsi n’a jamais eu l’air d’une femme représentant un lobby religieux fondamentaliste. Et pourtant, elle l’a toujours été.

Cela aurait dû apparaître clairement lorsque, après avoir démissionné du gouvernement conservateur en 2014 en raison de sa « morally indefensible position on Gaza », elle s’est mise à conduire les campagnes du MCB et de MEND visant à délégitimer la défense de l’Occident contre l’extrémisme islamiste — y compris le dispositif antiterroriste Prevent — et à traquer le Parti conservateur au sujet de son prétendu « institutional Islamophobia ».

Et maintenant

Appelez cela son « bigotry blind spot », appelez cela une complaisance envers sa base politique. Toujours est-il qu’elle n’a pas su s’opposer à l’une des causes profondes de l’« Islamophobia » et de l’antisémitisme — l’exclusivisme d’une théologie islamiste militante — parce que, à la différence de Sara Khan, que le MCB et elle ont tenté de pousser hors de ses fonctions de Counter-Extremism Commissioner, elle n’y a jamais mis son cœur. À propos de Khan, qui avait organisé en 2014 une tournée destinée à protéger la jeunesse musulmane britannique de la propagande en ligne de l’État islamique, Warsi a tweeté qu’elle était perçue « as simply a creation of and mouthpiece for the Home Office », ajoutant que Khan n’avait pas la « trust » de la communauté musulmane. Contrairement à Warsi, originaire des bastions déobandi de Dewsbury, Khan n’éprouvait aucune réticence comparable à évoquer les opinions hostiles prêchées dans cette communauté envers les courants musulmans minoritaires, les juifs, les hindous et l’Occident en général.

Ce serait une véritable mesure de la crédulité, de la myopie, de la lâcheté et de l’incompétence du gouvernement travailliste s’il faisait de la baronne Warsi, personne sans antécédent ni intérêt en matière de lutte contre l’extrémisme, son « Anti-Muslim Hostility Czar ».