Pourquoi l'Autorité palestinienne ne peut autoriser la liberté d'expression
Le Dr Ido Zelkovitz est directeur du programme d’études moyen-orientales du Collège de la vallée de Jezréel (Yezreel Valley College) et chercheur associé à la chaire Chaikin de géostratégie de l’université de Haïfa.

Les caractéristiques institutionnelles de l’Autorité palestinienne
Le 2 août 2016, Mahmoud Abbas signait une déclaration en faveur de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, allant jusqu’à instituer le 1er août comme journée nationale consacrée à ces libertés au sein de l’Autorité palestinienne. Si cette initiative a pu donner aux observateurs occidentaux l’image d’un régime plus ouvert et plus libéral, Abbas est rapidement revenu sur son engagement à promouvoir une société plus ouverte. En 2017, Abbas promulguait la loi sur la prévention des crimes électroniques, un dispositif destiné à limiter la liberté d’expression sur les plateformes numériques. Cette loi a mis en évidence le lien croissant entre les restrictions imposées par l’Autorité palestinienne (AP) à la liberté d’expression et une répression politique plus large. La mort de Nizar Banat, militant politique palestinien et critique virulent de l’AP, en constitue un exemple tragique. Banat est mort le 24 juin 2021, après son arrestation et le passage à tabac brutal qu’il a subi aux mains des forces de sécurité de l’AP. Sa mort a attiré l’attention du monde entier sur le recours croissant de l’AP à des lois répressives, telle la loi sur la cybercriminalité de 2017, pour faire taire la dissidence et punir ses détracteurs. 1
Parallèlement à la loi de 2017 sur la prévention des crimes électroniques, la loi de 2017 sur la cybercriminalité a été ratifiée afin d’encadrer l’usage des réseaux sociaux et d’Internet. Ce texte a conféré aux autorités le pouvoir de détenir, de poursuivre et de sanctionner des individus pour des contenus en ligne jugés menaçants pour l’ordre public ou pour la réputation de responsables publics. Militants, journalistes et autres critiques de l’AP ont régulièrement fait l’objet de menaces et de mesures punitives pour avoir exprimé leur désaccord. Ensemble, la loi et son application ont révélé comment l’appareil juridique et sécuritaire palestinien a entretenu un climat de peur et de répression politique.
Le développement de la société palestinienne s’est opéré dans des circonstances difficiles, marquées en particulier par les réalités de la domination israélienne et par les épreuves de la vie de réfugié. En l’absence d’institutions politiques nationales – interdites par le droit militaire israélien de 1967 à 1993 –, la société palestinienne s’est historiquement appuyée sur un solide réseau d’organisations civiques. Aux côtés de médias dynamiques, ces organisations ont joué un rôle déterminant dans le traitement d’un large éventail de questions politiques, sociales et économiques. 2 Après les accords d’Oslo, la création de l’AP en 1994 a suscité des espoirs démocratiques, mais a aussi laissé apparaître très tôt des signes d’autoritarisme. L’absence d’élections régulières et la concentration du pouvoir entre les mains de figures telles que Yasser Arafat et Mahmoud Abbas ont entravé toute progression démocratique véritable, aboutissant à un système politique caractérisé par un pluralisme limité et une centralisation croissante de l’autorité. 3
Depuis sa création, l’AP a utilisé diverses lois, comme la loi de 1995 sur l’imprimerie et l’édition, pour limiter la liberté d’expression. Sous la direction de Yasser Arafat, si la censure formelle n’était pas rigoureusement appliquée, les limites du discours acceptable étaient claires. Toute critique de l’administration d’Arafat était strictement proscrite, et les organes de presse étaient fréquemment censurés afin de ne laisser paraître que des portraits favorables de l’AP et de ses dirigeants. Les journalistes pratiquaient souvent l’autocensure, les rédacteurs en chef retenant régulièrement des informations sensibles pour éviter des représailles économiques ou politiques. Dans le même temps, les responsables de la sécurité de l’AP surveillaient et censuraient l’information au cas par cas, sans le contrôle d’un organe officiel de censure ni d’un cadre juridique. 4 Cette répression de la liberté d’expression était justifiée comme nécessaire à l’unité et à la stabilité nationales, alors même qu’elle étouffait le pluralisme politique et entravait les efforts de démocratisation au sein de l’Autorité palestinienne.
Depuis l’adoption de la loi de 2017 sur la prévention des crimes électroniques, l’AP a intensifié ses efforts pour préserver la stabilité face aux critiques croissantes visant le pouvoir du président Mahmoud Abbas. La loi est devenue un instrument clé de l’AP pour étouffer la contestation publique. L’accent mis par l’AP sur la stabilité est d’autant plus significatif qu’Abbas fait face à des contestations grandissantes de sa légitimité politique, nées de l’absence d’élections et de son incapacité à obtenir des avancées politiques substantielles.
Les agissements de l’AP ont suscité une condamnation internationale, notamment de la part d’organisations de défense des droits de l’homme et de l’Union européenne. Bien qu’elle ait ratifié des traités internationaux sur les libertés individuelles, l’AP continue de réprimer la liberté d’expression sur son territoire. Cette répression continue a affaibli la société civile palestinienne, la rendant incapable d’empêcher l’érosion des valeurs démocratiques ou de canaliser efficacement la contestation. La restriction de la liberté d’expression par l’AP apparaît comme une stratégie délibérée destinée à maintenir la stabilité dans un contexte d’incertitudes politiques, notamment les inquiétudes liées à la succession et aux luttes de pouvoir internes.
Alors que l’AP continue d’affronter des défis politiques, dont la concurrence du Hamas et un processus politique au point mort, la répression de la dissidence pourrait bien alimenter l’instabilité qu’elle cherche à prévenir. L’AP a systématiquement restreint la liberté d’expression, une pratique désormais inscrite dans la législation, en particulier avec l’adoption de la loi de 2017 sur la cybercriminalité. Ce texte confère à l’AP de larges pouvoirs de contrôle des contenus en ligne, autorisant l’arrestation et la poursuite de personnes publiant des contenus jugés menaçants pour l’ordre public ou critiques à l’égard de responsables gouvernementaux.
La loi de 2017 sur la prévention des crimes électroniques demeure un outil essentiel de la stratégie de l’AP visant à contrôler l’expression en ligne et à limiter l’opposition. 5 Elle s’appuie sur une législation de censure plus ancienne qui a restreint la liberté des médias traditionnels, y compris la presse écrite et la littérature politique. Elle est spécifiquement conçue pour encadrer le paysage médiatique numérique d’aujourd’hui, où les sites Internet font office de places publiques modernes et où les publications sur les réseaux sociaux peuvent peser davantage que les titres des grands médias. Rien qu’en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, on estime à 1,7 million le nombre d’internautes. 6 La loi de 2017 sur la prévention des crimes électroniques accorde à l’AP une large autorité pour infliger de lourdes amendes et arrêter des individus, journalistes et lanceurs d’alerte compris, qui la critiquent en ligne. La loi s’applique à quiconque partage ou retweete de tels contenus. Ceux que l’AP considère comme portant atteinte à l’ordre public ou menaçant la sécurité nationale et les intérêts palestiniens encourent des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 15 ans de travaux forcés. 7
Avec la loi de 1995 sur l’imprimerie et la censure, la loi de 2017 sur la prévention des crimes électroniques constitue le cadre juridique dans lequel l’AP mène des vagues d’arrestations visant journalistes et militants de la société civile. Les personnes liées à des groupes d’opposition de gauche et à des organisations islamiques sont particulièrement exposées. Historiquement, les arrestations de l’AP visaient avant tout des journalistes liés au Hamas et au Jihad islamique, notamment ceux qui couvraient les événements de Cisjordanie pour des chaînes satellitaires islamistes basées dans la bande de Gaza. Peu après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, cinq journalistes affiliés au Hamas – Mamdouh Hamamrah, Qotaybah Qasem, Tariq Abu Zaid, Amer Abu Arafah, and Mohammed Ahmed Halayqah – ont été arrêtés. Cependant, à mesure que la loi était appliquée, les services de sécurité palestiniens ont également commencé à arrêter des journalistes couvrant les manifestations contre l’AP et sa politique à l’égard de la bande de Gaza. Si les arrestations de journalistes liés au Hamas et au Jihad islamique n’ont guère provoqué de réactions parmi les Palestiniens, celles de militants sociaux et politiques – dont beaucoup s’étaient fait connaître sur les réseaux sociaux – ont déclenché de vastes protestations. 8
Une affaire décisive, à l’origine de manifestations de masse, fut l’arrestation de Nizar Banat, militant social et politique connu pour ses critiques virulentes de l’AP sur les réseaux sociaux. Banat dirigeait également une liste politique, la « Freedom and Dignity List », avec l’intention de se présenter aux élections au sein de l’AP. Sa mort aux mains des forces de sécurité en juin 2021 a déclenché plusieurs jours de manifestations qui se sont propagées de sa ville d’Hébron au reste de la Cisjordanie. 9 Pour l’AP, les manifestations consécutives à la mort de Banat ont servi de signal d’alarme. Il est devenu évident que les réseaux sociaux s’étaient imposés comme de puissants instruments de contestation de son autorité. Les plateformes numériques, en particulier, jouaient un rôle de plus en plus important dans la formation du discours politique et la mobilisation de l’opposition. Désormais, l’AP ferait de la restriction de la liberté d’expression une priorité, au cœur de son agenda politique. 10
Les mesures répressives de l’AP procédaient de sa crainte que la circulation massive d’images et d’informations ne menace la stabilité du pouvoir. Pour limiter l’ampleur de la critique – souvent décrite par ses détracteurs comme une politique servant les intérêts israéliens 11 –, l’AP a commencé à adopter des mesures portant atteinte aux libertés individuelles. Dans le cadre de sa répression des manifestations, elle a arrêté des dizaines de journalistes couvrant les protestations. 12 Cette situation a suscité de vives critiques à l’encontre de l’AP, tant sur le plan intérieur qu’international. Des organisations de défense des droits de l’homme du monde entier ont condamné les agissements de l’AP, l’Union européenne exprimant elle aussi une forte désapprobation. Ces dernières années, l’AP a ratifié des traités internationaux sur les libertés individuelles dans le cadre de ses efforts diplomatiques visant à asseoir sa légitimité internationale, élément crucial de son combat pour l’indépendance. On pourrait dès lors s’attendre à ce que l’AP se montre particulièrement sensible aux préoccupations relatives à la restriction de la liberté d’expression et à la persécution des journalistes. 13
Pourtant, l’AP semble insensible aux critiques visant ses restrictions à la liberté d’expression. Cette résistance tient en partie à l’incapacité de la société civile palestinienne à contester efficacement ses actions répressives. Depuis sa fondation, l’AP a peiné à instaurer un dialogue véritable avec la société civile palestinienne. Avec le temps, celle-ci a perdu de son importance, en particulier au regard du rôle influent qu’elle jouait à l’approche du processus d’Oslo, lorsqu’elle contribuait de façon déterminante à jeter les bases d’un gouvernement palestinien indépendant. 14 Le Syndicat des journalistes palestiniens, qui a tenté de protester contre les mesures de l’AP, a échoué. Ses menaces de suspendre la couverture des activités gouvernementales n’ont pas provoqué d’indignation publique contre les décideurs de l’AP, lesquels ont continué de bloquer les articles nuisibles aux intérêts organisationnels et politiques du Fatah, le parti au pouvoir.
Le défi du Hamas
L’une des principales raisons de la répression croissante des voix critiques par l’AP réside dans l’approfondissement de la fracture interne de la société palestinienne. La direction de l’AP en Cisjordanie est profondément préoccupée par la perspective d’une tentative de coup d’État politique du Hamas. Si le Hamas ne dispose pas d’une présence militaire forte et organisée en Cisjordanie, ses capacités médiatiques bien développées lui permettent d’exercer une influence considérable. L’AP se méfie, à juste titre, des efforts du Hamas pour utiliser les médias afin de cultiver un environnement politique hostile. Destinées à contenir l’influence du Hamas, les restrictions imposées par l’AP à la liberté d’expression risquent toutefois de susciter davantage de critiques publiques et, potentiellement, de renforcer la position du Hamas dans la société palestinienne.
Le Hamas utilise les médias de manière stratégique pour étendre son influence en Cisjordanie. Il le fait en diffusant via des chaînes satellitaires comme Al-Aqsa TV et en exploitant un réseau de brochures, de quotidiens et d’agences de presse, ce qui lui assure une visibilité importante en Cisjordanie et dans l’ensemble du monde arabe. Dès mai 2007, il lançait Palestine , un quotidien gazaoui également accessible sous forme numérique à ses partisans à l’étranger. Son site principal, le Palestinian Information Center, comme d’autres de ses organes, reflète une identité nationale plutôt qu’exclusivement islamique. Cette approche souligne la présentation de soi du Hamas comme mouvement national islamique, position précisée dans un document politique de 2017. 15
À une époque où les réseaux sociaux et la messagerie instantanée permettent une communication rapide, Internet est devenu un puissant outil pour des groupes comme le Hamas afin d’étendre leur influence politique. Aujourd’hui, façonner les perceptions du public peut être aussi important, sinon plus, que la capacité d’exercer le pouvoir sur le terrain. Des agences de presse affiliées au Hamas, telle Shihab, ont attiré des millions d’abonnés sur des plateformes comme Facebook. Toutefois, le 13 juillet 2021, Facebook a supprimé la page arabophone très suivie de Shihab, que le Hamas utilisait pour attaquer Israël, l’AP, et promouvoir le terrorisme. 16 Malgré cela, Shihab continue d’exploiter son agence de presse sur X (formerly Twitter) et Telegram.
Les solides capacités médiatiques du Hamas lui ont permis d’accumuler une influence politique considérable, de communiquer avec ses partisans, d’en recruter de nouveaux et de mener une mobilisation politique. L’agence de presse Shihab, toujours active sur Twitter, en est un exemple. Le Hamas exploite en outre un autre organe en Cisjordanie, appelé Al-Quds. Au-delà des médias traditionnels, le Hamas soutient des journalistes et militants indépendants qui utilisent les réseaux sociaux pour promouvoir une image favorable du mouvement. 17 Certains d’entre eux sont des membres ou des affiliés du Hamas qui font discrètement avancer ses objectifs sur ces plateformes.
Pendant le conflit entre le Hamas et Israël consécutif aux attaques du October 7, l’identité de plusieurs journalistes liés à la branche militaire du Hamas a été rendue publique. Un certain nombre d’entre eux ont pris une part active à l’incursion et aux attaques du October 7. Parmi eux figurait notamment Hasan Aslih, directeur du site d’information indépendant gazaoui Alam24 et photographe indépendant pour AP and CNN, . 18 Le journaliste d’Al-Jazeera Osama Abu Amer en est un autre exemple. Avant de rejoindre Al Jazeera, il travaillait comme journaliste à la station de radio Al-Quds, affiliée au Hamas, à Khan Yunis. Le October 7, Abu Amer a accompagné des opérationnels du Hamas à Kibbutz Nir Oz pour filmer leurs attaques. 19 Alors qu’il enregistrait leurs actions, Abu Amer a été blessé par des tirs israéliens. À l’insu d’Israël, Qatar a organisé son transfert à Doha pour y être soigné. Fin 2022, un autre journaliste d’Al-Jazeera, Mohammed Wasah, a commencé à travailler avec l’unité de recherche aérienne du Hamas et a servi comme commandant dans son unité de missiles antichars. 20
Le Hamas exploite ses organes de presse durant les conflits avec Israël pour attiser les troubles en Cisjordanie. Il utilise également ces plateformes pour critiquer l’AP sur des questions civiles et économiques, notamment sa gestion du budget de Gaza. Le Hamas a en outre assuré une couverture abondante et très critique des protestations sociales en Cisjordanie, en particulier les manifestations massives déclenchées par l’adoption par l’AP de lois sur les retraites et la sécurité sociale. Ce faisant, le Hamas cherchait à relier deux grandes sources de mécontentement populaire : la mauvaise gestion économique de l’AP et sa politique économique restrictive à l’égard de la bande de Gaza. En mettant en avant ces deux questions, le Hamas est parvenu à mobiliser les Palestiniens contre l’AP, créant un climat politique de plus en plus explosif. Entre janvier 2018 et mars 2019, l’AP a répondu à cette situation en arrêtant plus de 1 600 individus pour de seuls propos critiques, alors même qu’ils n’avaient commis aucun acte de violence. En 2018, l’AP a également invoqué la loi sur la prévention de la criminalité numérique, engageant 845 poursuites, visant pour l’essentiel des Palestiniens ayant exprimé des opinions critiques sur les réseaux sociaux, avec à la clé diverses sanctions et peines. 21
L’AP est pleinement consciente de l’influence médiatique du Hamas, en particulier sur les réseaux sociaux. Sur des plateformes comme Twitter (X), le Hamas conserve une forte visibilité, son identifiant renvoyant directement à son site principal – le Palestinian Information Center. 22 L’AP s’emploie activement à limiter la présence du Hamas en Cisjordanie, tant sur le terrain que dans l’espace numérique. Elle cherche notamment à restreindre les activités des journalistes affiliés au Hamas ou à ses canaux médiatiques, allant jusqu’à recourir à la détention comme moyen de contrôle. Le Hamas applique des mesures analogues aux journalistes de la bande de Gaza affiliés à des médias soutenant l’AP ou hostiles à ses propres intérêts politiques et économiques. 23 Ces évolutions ne sont guère surprenantes compte tenu de la nature autoritaire du pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza. En 2017, l’AP a détenu pendant une semaine cinq journalistes travaillant pour des médias affiliés au Hamas. Ils n’ont été libérés qu’après l’élargissement d’un journaliste affilié au Fatah détenu à Gaza. 24
La répression politique exercée par l’AP érode les fondements de la démocratie et étouffe le développement d’une société civile active et vivante. Il n’est dès lors pas surprenant que le public palestinien ait perdu confiance en ses représentants élus et se tourne vers les espaces virtuels et les médias numériques comme alternative à l’engagement politique traditionnel. 25
Conclusion
L’AP a adopté des lois et des règlements restreignant la liberté d’expression dans le cadre d’une stratégie délibérée destinée à répondre à plusieurs défis politiques. Parmi ceux-ci figurent la fin prochaine du mandat de Mahmoud Abbas, l’incertitude quant à son successeur et les interrogations sur l’avenir de l’AP. Dans un contexte d’instabilité politique, l’AP est prise dans des luttes de pouvoir internes au Fatah autour de la succession, tout en s’efforçant de maintenir l’ordre public et de répondre aux critiques généralisées de sa politique à l’égard de la bande de Gaza
L’extension des restrictions imposées par l’AP à la liberté d’expression souligne l’importance qu’elle accorde aux médias comme instrument de façonnage de l’opinion publique. La présence croissante de la contestation, tant dans la rue que sur les plateformes en ligne, inquiète les dirigeants de l’AP et les conduit à multiplier les efforts pour resserrer leur contrôle. En s’en prenant aux médias d’opposition, l’AP a projeté une image de force et entretenu la conviction qu’elle tenait fermement ses forces de sécurité et son appareil politique. Le contrôle des médias et la maîtrise du message constituent des objectifs centraux, l’AP cherchant à rester visible dans les sphères politique et économique tout en renforçant le soutien public à ses politiques. Les organes médiatiques du Hamas sont par conséquent devenus des cibles légitimes de surveillance, l’AP scrutant les discours alternatifs et les leaders d’opinion sur les réseaux sociaux.
La stagnation politique ainsi que la fragmentation persistante et les luttes de pouvoir avec le Hamas dans la bande de Gaza sont des facteurs clés de la répression agressive des organes de presse par l’AP et de ses restrictions à la liberté d’expression. Le public de Cisjordanie réagit généralement à ces mesures avec un sentiment de résignation. La nature autoritaire du pouvoir de l’AP, souvent en contradiction avec l’aspiration du public à une plus grande démocratisation, explique que ces mesures passent avec une résistance minimale. Ce silence est toutefois temporaire, et toute flambée de violence en Cisjordanie, fût-elle dirigée contre Israël, pourrait menacer l’emprise de Mahmoud Abbas sur le pouvoir et la stabilité de l’AP en tant qu’entité politique.
1 . « Palestinian Authority Critic Dies After Arrest », DW, 24 juin 2021, https://p.dw.com/p/3vWJv . (consulté le 20 oct. 2024).
2 . Yazid Sayigh, Armed Struggle and the Search for a State: The Palestinian National Movement 1949-1993 (Clarendon Press, 1997), 692.
3 . Glenn E. Robinson, « The Growing Authoritarianism of the Arafat Regime », Survival 39, 2 (1997) : 42-56.
4 . Nadav Keren, Owning the Free Media: The Regime and Press During the Early Days of the Palestinian Authority – The Case of AL-Hayat Al-Jadida (Tel Aviv University Press, 2010), 49.
5 . Voir par exemple 7amleh – The Arab Center for the Advancement of Social Media, https://7amleh.org/2017/08/02/the-full-english-translation-of-the-palestinian-cyber-crime-law/ (consulté le 14 oct. 2021).
6 . Harel Chorev, « Palestinian Social Media and Lone-Wolf Attacks: Subculture, Legitimization, and Epidemic », Terrorism and Political Violence 31, 6 (2017) : 1287.
7 . 7amleh – The Arab Center for the Advancement of Social Media, https://7amleh.org/2017/08/02/the-full-english-translation-of-the-palestinian-cyber-crime-law/ (consulté le 14 oct. 2021).
8 . Dalal Arikat, « Layst Filsatin alati Halmana biha, wa-la Filastin alati w'adana biha, Al-Quds », 14 avril 2022, https://www.alquds.com/ar/posts/16348?language=he (consulté le 12 nov. 2023).
9 . Yolanda Knell et Nizar Banat, « The Death Shaking the Palestinian Leadership », BBC, 7 sept. 2021, https://www.bbc.com/news/world-middle-east-58400442 (consulté le 15 oct. 2021).
10 . Yolanda Knell et Nizar Banat, « The Death Shaking the Palestinian Leadership », BBC, 7 sept. 2021, https://www.bbc.com/news/world-middle-east-58400442 (consulté le 15 oct. 2021).
11 . Daoud Kuttab, « An a-Tarjua al-khatir lil-Huriyya al-T'aabir fi Filasitn », Al-Arabi Al-Jadid , 2 août 2021 (consulté le 4 sept. 2023).
12 . « Palestinian Journalists Claim Pressure by PA Amid Crackdown », Al-Jazeera , 11 août 2021, https://www.aljazeera.com/news/2021/8/11/palestinian-journalists-claim-pressure-by-pa-amid-crackdown (consulté le 27 août 2021).
13 . Noa Landau, « The Full List: These Are the Treaties That Palestinians Wish to Join in Protesting the Recognition of Jerusalem », Haaretz, 29 déc. 2017, https://www.haaretz.co.il/news/politics/1.5521775 (consulté le 31 oct. 2019, en hébreu).
14 . Omar Shweiki, « Palestinian Civil Society and the Question of Representation », Bulletin for the Council for British Research in the Levant 7, 1 (2012) : 36.
15 . Ido Zelkovitz, « Game of Thrones: The Struggle Between Fatah and Hamas for Political Hegemony in the Palestinian Authority, 2011-2022 », Strategic Assessment 25, 2 (2022) : 44-47.
16 . Nadda Ossman, « Facebook Blocks Gaza's Shehab News Agency from Its Platform », Middle East Eye, 13 juillet 2021 (consulté le 15 oct. 2021).
17 . « Photojournalists in the Service of Hamas in the Gaza Strip », Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center , https://www.terrorism-info.org.il/app/uploads/2023/12/E_281_23.pdf . (consulté le 9 nov. 2024).
18 . Ibid.
19 . Einav Halabi, « Al Jazeera 'Reporter' Who Filmed Massacre in Nir Oz Loses Leg After Drone Attack in Rafah », Ynet, 14 févr. 2024, https://www.ynetnews.com/article/hyie1xqja (consulté le 15 avril 2024).
20 . Emanuel Fabian, « Al Jazeera Journalist Is Also a Hamas Commander, IDF Says », Times of Israel, 12 févr. 2024, https://www.timesofisrael.com/al-jazeera-journalist-is-also-a-hamas-commander-idf-says (consulté le 15 avril 2024).
21 . « Palestine: No Letup in Arbitrary, Arrests, Torture », Human Rights Watch, 29 mai 2019, https://www.hrw.org/news/2019/05/29/palestine-no-letup-arbitrary-arrests-torture (consulté le 3 juin 2021).
22 . Mohhamed Wisam Ammer, « Hamas in Cyberspace: Social Media and Forms of Political Expression », Arab Media & Society août, 14 (2023) (consulté le 3 sept. 2023).
23 . Amnesty, « Gaza: Journalist Facing Prison Term for Exposing Corruption in Hamas-Controlled Ministry », 25 févr. 2019, (consulté le 15 juin 2021).
24 . Jack Khoury, « Palestinian Authority Release Hamas-Linked Journalists Arrested for 'Harming Public Security' », Haaretz , 15 août 2017, https://www.haaretz.com/middle-east-news/palestinians/palestinian-authority-releases-journalists-arrested-for-harming-public-security-1.5442803 (consulté le 12 oct. 2021).
25 . Hazem Alamssry, « Digital Democracy as a Mechanism for Achieving Participatory Democracy – The Case of the Palestinian Territories- », Democracy and Security 18, 3 (2022) : 263-290.
