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Critiques de livres

Otage

Par Eli Sharabi. Traduit par Eylon Levy. New York : Harper Influence, 2025. 208 p. ; 20,74 $ (relié) ; 14,99 $ (Kindle). Recension de A. J. Caschetta

Tous ceux qui s’accrochent aux théories du complot sur le 7 octobre 2023 — des ignorants aux malintentionnés, des étudiants crédules aux professeurs chevronnés, des « truthers » aux célébrités — devraient lire Otage (Hostage), de Sharabi. Je le considère comme le livre le plus important de 2025.

Premier témoignage publié par l’un des 251 Israéliens enlevés par le Hamas le 7 octobre, Otage place la barre très haut pour les autres mémoires et biographies. Publié d’abord en hébreu en mai 2025, alors que le Hamas détenait encore des otages à Gaza, il a battu des records de vente et est devenu le livre s’étant vendu le plus rapidement de l’histoire d’Israël. L’édition en anglais est sortie le 7 octobre 2025.

Sharabi consigne les événements de ses 491 jours de captivité avec clarté et minutie. Il décrit aussi sa lutte pour la survie avec finesse et talent littéraire. Cette prise d’otages de masse invite à une comparaison avec celle des otages américains saisis dans l’Iran de Khomeini le 4 novembre 1979. De fait, l’acuité du regard de Sharabi dans Otage rend l’ouvrage digne d’être comparé à Yellow Ribbon: The Secret Journal of Bruce Laingen (1992) ; In the Shadow of the Ayatollah, A CIA Hostage in Iran (2001), de William J. Daugherty ; The Destined Hour, The Hostage Crisis and One Family’s Ordeal (1982), de Barbara et Barry Rosen ; et à l’émotion brute et furieuse d’Iranian Hostage (1982), de Rocky Sickmann.

Sharabi livre son récit au présent, ce qui lui confère un sentiment d’immédiateté. La première phrase relate son enlèvement : « Cinq terroristes entrent avec les armes braquées. » Séparé de sa femme Lian et de ses filles Noya et Yahel, il décrit comment « les terroristes commencent à me traîner hors de la maison. Je suis pieds nus. Je ne vois plus les filles, parce qu’elles sont dans la cuisine derrière moi et les terroristes me maintiennent la tête tournée vers l’avant. » À partir de là, Sharabi est en mission pour survivre. Seule la promesse de retrouver sa famille le soutient tout au long de son épreuve. « Il n’y a plus d’Eli ordinaire », écrit-il. « À partir de maintenant . . . [je suis] Eli le survivant. »

L’« Eli ordinaire » d’avant l’enlèvement était un habitant du kibboutz Be’eri et l’un de ses responsables, après y avoir occupé diverses fonctions financières. Il avait aussi enseigné à l’université. Après sa captivité, et après avoir appris que le Hamas avait assassiné sa famille, Sharabi est devenu un militant pour la libération des otages restants et a entamé une carrière de prise de parole en public.

Peu après avoir été emmené à Gaza comme otage, Sharabi est conduit d’abord dans une mosquée, puis dans une maison, où il passe 52 jours prisonnier d’une famille de confiance du Hamas. Durant ces 52 jours, dit Sharabi, « [je] me rapproche de mes ravisseurs et de la famille qui me détient dans sa maison. Nous commençons à tisser des liens de confiance et même à nous sentir proches. Ce genre de liens est presque inévitable. » Cependant, « ce n’est pas le syndrome de Stockholm. Je ne m’identifie pas à eux. Je ne les prends pas en pitié. Je ne me trompe pas sur qui ils sont ni sur ce qu’ils veulent vraiment. »

Il est finalement transféré dans le monde souterrain du Hamas, où il est sans cesse déplacé d’un tunnel à l’autre. Là, il subit la faim, l’humiliation et des coups d’une brutalité variable de la part de plusieurs terroristes du Hamas, auxquels lui et les autres otages donnent des surnoms : Orange, d’après la couleur de ses cheveux ; Eyebrow (Sourcil), d’après son monosourcil ; et Smiley (Sourire), d’après son sourire permanent. Un terroriste, surnommé Garbage (Ordure), est, raconte Sharabi, « particulièrement violent et cruel, et il prend plaisir à nous humilier ». « Peaky », un haut commandant du Hamas, est décrit comme « un officier discipliné du Hamas ».

Quand Sharabi retrouve Peaky après des mois sans le voir, il écrit : « nous sommes tous les deux heureux, sincèrement heureux, de nous revoir ». Mais, comme toujours, la réalité s’impose : « J’essaie d’ignorer le double jeu qui se joue entre nous et ce qui se passe sous la surface — moi, un homme brutalement arraché à sa vie, et lui, complice du crime de mon enlèvement. Mes sentiments sont peut-être réels, mais ils n’occultent pas une seconde la véritable nature de nos rôles ici ; s’il fallait en venir là, chacun de nous serait capable d’éliminer l’autre. Sans une seconde d’hésitation, sans regret. »

Pendant ce temps, le gardien cruel du Hamas surnommé Circle (Cercle) « se délecte de participer à notre humiliation et à nos mauvais traitements rituels » et « adore regarder en boucle les images du 7 octobre sur son iPad ». Comme les autres gardiens du Hamas qui regardent des vidéos de résidents de kibboutz et de festivaliers assassinés et violés, « les clips revigorent [Circle] et l’emplissent d’allant et de malveillance ».

Chaque fois que Sharabi se met à méditer sur sa situation étrange, il perçoit souvent des ressemblances entre lui-même et les terroristes qui le retiennent. Il en décrit deux en particulier, surnommés Mask (Masque) et Cleaner (Nettoyeur), comme « d’un naturel doux », mais « endoctrinés », et comme se détachant des « barbares médiévaux, dont la haine des Juifs et d’Israël l’emportait sur leur amour de la vie elle-même ». Lorsqu’il est sur le point d’éprouver de la sympathie pour ces deux geôliers, dont il estime qu’ils « ont choisi d’être terroristes pour des raisons économiques », son esprit et son pragmatisme le ramènent à la réalité : « Enfin, qui n’a jamais cherché à arrondir ses fins de mois et ne s’est retrouvé à garder des otages affamés dans un cachot quelque part ? »

À propos de la dernière fois qu’il voit Smiley et Peaky, Sharabi écrit : « Je ne les revois jamais. Ils ont été avec moi pendant plus d’un an, et il n’y a pas d’adieu. Ni de ma part, ni de la leur. Quoi que je sache d’eux, quelles que soient les conversations que nous avons eues, aussi bien que nous ayons pu nous connaître — ils restent des terroristes du Hamas. Leur travail était de me maintenir, moi et les autres, enfermés dans cette épreuve atroce. De continuer à nous priver de notre liberté. De nos vies. Et je n’en ai rien à foutre, d’eux. »

Ignorant que Sharabi parle arabe, ses geôliers le laissent glaner des détails à leur sujet. Il observe que les plus cruels et les plus méchants d’entre eux, ceux qui « nous soumettent à une terreur psychologique incessante . . . parlent affectueusement avec leurs propres enfants ». Âgé de 51 ans au moment de sa capture, Sharabi était le plus âgé des otages détenus avec lui, ce qui a fait de lui une sorte de figure paternelle pour les plus jeunes — notamment Ori Danino, Almog Sarusi et Hersh Goldberg-Polin, tous trois assassinés par la suite en captivité. Les plus jeunes le prenaient souvent pour modèle et s’appuyaient sur sa solidité émotionnelle pendant leur épreuve.

Au-delà de son drame humain, Otage fait voler en éclats des mythes importants sur le 7 octobre, dont le lieu commun selon lequel nombre de Gazaouis n’auraient ni consenti aux enlèvements ni soutenu le Hamas. Si les vidéos montrant des Palestiniens applaudissant et frappant les otages traînés dans les rues de Gaza ne suffisaient pas, les récits de Sharabi sur les « civils » hostiles qu’il a rencontrés devraient clore le débat. De fait, lorsqu’on le tire d’une voiture, ses ravisseurs du Hamas deviennent, ironiquement, ses protecteurs face à « une marée de gens qui se mettent à me cogner la tête, à hurler, à essayer de me démembrer ».

Tous les otages n’ont pas la capacité ni le talent d’écrire sur leur captivité un livre comme celui de Sharabi. Ce dont on a désormais besoin, c’est d’un ouvrage comparable à 444 Days, The Hostages Remember (1985), de Tim Wells. Wells a passé deux ans et demi à « parler avec les anciens otages [détenus par l’Iran] . . . afin de leur donner l’occasion de décrire leurs expériences et de faire transcrire ces expériences dans un cadre narratif ». Otage démontre que Sharabi a la capacité d’écrire un tel livre. J’espère qu’il le fera.

A. J. Caschetta

Lire l'original en anglais: Hostage