Où est Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême de l'Iran ?
Élever un mort à cette fonction serait invraisemblable : Mojtaba Khamenei est donc peut-être blessé et caché.
Mardo Soghom a été journaliste et responsable éditorial à Radio Free Europe/Radio Liberty pendant trois décennies, supervisant les services iranien et afghan jusqu'en 2020, et a été rédacteur en chef du site en anglais d'Iran International.

C’est désormais officiel : le fils d’Ali Khamenei est monté sur le trône. L’Iran a un nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei, 56 ans. Après la mort d’Ali Khamenei, c’est le deuxième résultat politique majeur de la campagne aérienne conjointe américano-israélienne contre la République islamique.
L’establishment avait d’autres options. L’une d’elles était l’ancien président Hassan Rouhani, un opérateur chevronné, fort de quarante-six années de service à des postes de sécurité et de renseignement et de huit années à superviser le budget civil et les ministères, tout en restant toujours subordonné à Khamenei et au Corps des gardiens de la révolution islamique.
Plusieurs questions se posent au sujet de Mojtaba Khamenei et de sa désignation comme Guide suprême. D’abord, on ignore toujours si l’Assemblée des experts, forte de quatre-vingt-huit membres, s’est jamais réunie pour voter au complet sur son choix. Une réunion de quatre-vingt-huit religieux âgés — dont la moyenne d’âge avoisinerait les quatre-vingt-dix ans — pendant une campagne aérienne visant les dirigeants du pays aurait été quasiment impossible. La décision a-t-elle été prise via un dispositif en ligne ? Même dans ce cas, chacun de ces religieux aurait eu besoin d’une assistance technique, ne serait-ce que pour rejoindre une réunion et voter. La question de fond demeure donc : quels centres de pouvoir et quels individus ont choisi le jeune Khamenei ? Quel rôle le Corps des gardiens de la révolution islamique, qui entretient avec lui des liens étroits, a-t-il joué dans le processus ?
Ensuite, où est Mojtaba ? Depuis le début des hostilités, le 28 février 2026, et l’annonce de la mort d’Ali Khamenei, rien n’indique où il se trouve, ni même ne confirme son état de santé. Certains ont avancé qu’il aurait pu être tué dans le bombardement de l’enceinte de son père. Son épouse et plusieurs proches ont péri dans cette frappe. Le régime aurait-il pu élever un mort à cette fonction pour donner une apparence de stabilité ? L’hypothèse paraît tirée par les cheveux. Un Guide suprême doit tôt ou tard se montrer en public — vraisemblablement bientôt, lorsque seront organisées les funérailles officielles d’Ali Khamenei. Autre possibilité : Mojtaba aurait survécu au bombardement, mais serait blessé et resterait caché. Cela semble plus plausible. Si Mojtaba était en bonne santé, la tentation serait grande, pour le régime, de le montrer publiquement afin d’insuffler de l’espoir dans les rangs de ses partisans. Même une brève vidéo enregistrée le montrant vivant — sans le moindre discours — aurait démontré que le régime a encore une direction.
Pendant ce temps, les exécutants de base du régime passent une grande partie de leur temps dans les rues, évitant les bâtiments susceptibles d’être visés depuis les airs. Ils déambulent en intimidant les citoyens ordinaires, en brandissant des armes et en scandant des slogans religieux. C’est moins un signe de force que de panique. Ils savent que si la population envahit les rues et renverse le régime, ils pourraient avoir à répondre de leur rôle dans le meurtre de dizaines de milliers de personnes.
Une autre explication à l’absence de Mojtaba est que l’establishment veut mettre son dernier espoir à l’abri d’une frappe ciblée. Les responsables estiment peut-être que tout déplacement, toute communication, voire toute apparition numérique, pourrait révéler sa position. Les bunkers renforcés et une sécurité étroite n’ont pas sauvé son père.
Il reste que de nombreuses figures politiques et économiques du régime ont commencé à manifester leur obéissance à Mojtaba en lui prêtant la bay’at — serment islamique de loyauté à un chef. Dans la tradition islamique des origines, on prêtait publiquement la bay’at à un calife ou à un souverain pour déclarer son allégeance et son obéissance. Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a été parmi les premiers à le faire, en déclarant : « L’ayatollah Seyed Mojtaba Hosseini Khamenei conduira le navire de la révolution vers un Iran prospère, avancé et uni. » Le président Masoud Pezeshkian a lui aussi prêté allégeance. L’aile dite réformiste du régime commence elle aussi à rentrer dans le rang, ce qui réduit les chances d’un scénario à la vénézuélienne dans lequel Washington soutiendrait une figure interne du régime prête à céder aux exigences américaines.
Mojtaba bénéficie d’une solide alliance avec le Corps des gardiens de la révolution islamique, qui, plus que jamais, fait la loi en Iran. À moins que le Corps ne soit détruit, il est difficile d’imaginer que le porte-étendard de l’idéologie antioccidentale et anti-israélienne du régime accepte une quelconque forme de reddition susceptible d’ouvrir la porte à un avenir incertain — un avenir qui pourrait menacer à la fois son emprise sur le pouvoir et ses vastes intérêts économiques.