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Research

Pour Ian Lustick, de l'université de Pennsylvanie, Israël est un « régime voyou » sans « droit à l'existence »

Le professeur appelle à mettre fin à l'« apartheid silencieux » de cet « État fou » par une solution à un seul État.

Lustick has a long history of anti-Israel scholarship and activism. Image: University of Pennsylvania in Philadelphia.
Lustick est un universitaire et un militant anti-israéliens de longue date. Image : l'université de Pennsylvanie, à Philadelphie. · Shutterstock

Israël est un « État fou », un « régime voyou et un paria international », qui « n'a aucun droit à l'existence » : c’est ce qu’a déclaré Ian Lustick, professeur de science politique à l’université de Pennsylvanie (University of Pennsylvania), lors d’une conférence à l’automne à Washington, DC. Cette virulence anti-israélienne a caractérisé le colloque de l'Arab Center-Washington, D.C. au National Press Club, où Lustick et d’autres intervenants ont rêvé de remplacer Israël par un État palestinien unique, prétendument démocratique.

Environ 150 personnes ont finalement rempli une salle pour un colloque d’une journée intitulé « Shifting Tides: Palestine, U.S. Elections, and Pathways Forward » (Marées changeantes : la Palestine, les élections américaines et les voies à suivre). Parmi les figures hostiles à Israël dans le public figuraient Medea Benjamin dans sa tenue habituelle de Code Pink, Jonathan A. C. Brown, professeur à l’université de Georgetown et apologiste de l’esclavage musulman, Tom Getman, Phyllis Bennis et Miko Peled. Une femme portait, sur son chemisier noir, le keffieh, symbole du « radical chic » palestinien.

L’allocution d’ouverture de Lustick, transmise en vidéo en raison de son infection au COVID-19, s’inscrivait dans le même registre que celles d’autres intervenants, dont Assal Rad, auteure de Don’t Say Palestine, qui a présenté l’existence d’Israël comme un crime contre l’humanité. Ce qu’elle a fabriqué comme un récent « génocide à Gaza » représentait l’« aboutissement de siècles de colonialisme » et de « vol de terres, dépossession, apartheid », revenant à l’« effacement de la Palestine » par le sionisme. Lustick a, lui, comparé Israël au IIIe Reich nazi en évoquant le slogan « Ne cédez pas au désespoir », écrit en yiddish par des Juifs sur un mur du ghetto de Varsovie, en Pologne, pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a qualifié le célèbre mais voué à l’échec soulèvement de 1943, mené par des Juifs contre leurs exterminateurs nazis, d’« intifada » — le mot arabe pour « soulèvement » associé à des campagnes terroristes palestiniennes sanglantes contre les Juifs israéliens.

Se posant en figure morale à la manière de Martin Luther King, Jr., Lustick a rêvé de fusionner tous les territoires et leurs populations arabe et juive de l’ancien mandat de Palestine, entre le Jourdain et la Méditerranée, en un seul État. Dans ce que toute personne bien intentionnée tiendrait pour un cauchemar, il ferait cohabiter, au sein d’une même entité politique, un État juif d’Israël prospère et démocratique et les Arabes profondément antisémites des territoires palestiniens corrompus et minés par les conflits. Alors qu’il avait auparavant soutenu la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël, il juge désormais une telle solution à deux États « impossible ».

Israël, qui non seulement gouverne ses propres citoyens mais exerce à juste titre des contrôles de sécurité sur les territoires palestiniens, connaîtrait ainsi une « intégration complète de tous ceux qui vivent dans les territoires dirigés par le même gouvernement ». La « démocratie partielle » d’Israël connaîtrait donc une « extension de la citoyenneté et des droits politiques à des populations historiquement exclues, méprisées et opprimées » — c’est-à-dire des Palestiniens qui soutiennent les djihadistes du Hamas. Plutôt qu’une « décolonisation », Israël « ne pose pas un problème de séparation de la colonie et de la métropole », mais « de démocratisation de ce qui serait une métropole élargie et, par là même, transformée ».

Lustick a dénoncé l’État-nation juif d’Israël comme une « suprématie juive sur les non-Juifs », un « régime d’apartheid silencieux », alors même que la minorité arabe d’Israël jouit de libertés dont les autres Arabes du Moyen-Orient ne peuvent que rêver. À rebours de ce tableau sombre, il a imaginé une « co-résistance entre Juifs et Arabes » dans une sorte de mouvement pour les droits civiques au service de sa république palestinienne unique ; « à long terme, l'alliance cruciale sera entre les Juifs et les Arabes ». Il a néanmoins concédé que, en Israël, « la droite va gagner les élections d'une manière ou d'une autre » lors du scrutin israélien de cette année, l’électorat israélien s’étant massivement déplacé vers la droite, en particulier à la suite d’attaques djihadistes incessantes.

Les signes de l’impopularité croissante d’Israël en Amérique ont réjoui Lustick, car l’« aide américaine inconditionnelle » à Israël a « porté au pouvoir des ultranationalistes impitoyables et fanatiques ». « La mainmise du lobby israélien sur la politique américaine dans la région est le principal problème du Moyen-Orient. Elle empêche la paix, produit des guerres et entraîne l'Amérique dans ces guerres », a-t-il affirmé. Lustick a ignoré les divergences politiques récurrentes entre l’Amérique et son allié stratégique Israël tout en relayant les poncifs, souvent antisémites, selon lesquels les guerres du Moyen-Orient ne répondent à aucun intérêt américain et n’existent que du fait d’Israël.

Évoquant la désillusion des Juifs américains progressistes à l’égard d’Israël, Lustick a cité « l'un des livres les plus populaires dans la communauté juive américaine, en particulier chez les jeunes ». Ce « livre sur le Bund juif en Europe avant la Seconde Guerre mondiale », à savoir Here Where We Live Is Our Country: The Story of the Jewish Bund, décrivait une « manière antisioniste d'être fièrement juif ». Ainsi, les Juifs pourraient « nous célébrer comme citoyens et être loyaux envers l'endroit où nous nous trouvons, plutôt qu'en Palestine, plutôt qu'en Israël », a déclaré Lustick. Il n’a pas mentionné que le génocide nazi de la Seconde Guerre mondiale a détruit le Bund juif dans les shtetls d’Europe de l’Est, transformés en champs de mort, et a montré, comme jamais auparavant, la nécessité d’un État juif sûr.

Josh Ruebner, directeur des politiques de l’Institute for Middle East Understanding, a, lors de son intervention, ajouté sa voix au concert de diabolisation d’Israël. En Amérique, « le pays tout entier est indigné par notre duplicité dans ce génocide » à Gaza, et le « régime d'apartheid » d’Israël est désormais un handicap politique, a-t-il affirmé. Il a perçu un « moment Sun City pour la Palestine » parmi les personnalités médiatiques américaines qui condamnent Israël, en référence à la ville balnéaire sud-africaine célèbrement boycottée par les artistes américains à l’époque de l’apartheid.

Daniel Levy, président du U.S./Middle East Peace Project, a, lui aussi, décrit Israël comme pris « dans une spirale infernale ». Pourtant, les Juifs israéliens « auront des droits égaux dans un avenir d'État post-ethno-suprémaciste » au sein d’une Palestine unifiée. Cet État binational, voire à majorité arabe, sera une « meilleure garantie » de la « sûreté et de la sécurité futures » des Juifs.

Les Juifs israéliens seraient très majoritairement en désaccord, en particulier au vu des propos tenus lors de la table ronde par Jehad Abusalim, directeur exécutif du Genocide Center, qui s’efforce fallacieusement d’étayer la thèse d’un « génocide à Gaza ». Il a décrit la « longue histoire du ciblage systématique des dirigeants palestiniens par Israël » comme « faisant partie de sa campagne plus large contre les institutions palestiniennes », et non comme l’élimination de terroristes palestiniens, aussi justifiée que l’élimination par l’Amérique des djihadistes d’Al Qaeda. Abusalim a également présenté Marwan Barghouti comme un dirigeant national palestinien, car il dispose d’une « légitimité et d'une crédibilité » et d’un « haut niveau de respect parmi les Palestiniens ». Cela découle, a laissé entendre Abusalim, du fait que Barghouti purge actuellement plusieurs peines de prison à perpétuité dans une prison israélienne pour avoir orchestré des attentats terroristes ayant tué au moins cinq personnes.

La vénération palestinienne pour Barghouti qui, à l’instar du père fondateur impitoyable de la cause palestinienne, Yasser Arafat, né en Égypte, n’a rien d’un Gandhi, souligne des réalités mortifères qu’aucun chant de « We Shall Overcome » ne saurait escamoter. L’État palestinien unique proposé par Lustick ne rassemblerait pas Arabes et Juifs au sein d’une société laïque, voire socialiste. Les Juifs se trouveraient plutôt face à une population majoritairement musulmane, dominée par des normes de la charia illibérales et antijuives, comme l’a relevé l’écrivain Salman Rushdie. Les spéculations de Lustick à l’université de Pennsylvanie constituent un exemple de plus de dépenses publiques et privées généreuses, mais gaspillées, dans les Middle East Studies, qui, à répétition, « mal éduquent » et désinforment et doivent, par conséquent, se réformer ou disparaître.

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