Hormuz : Trump tend la main, Téhéran durcit le ton
Washington a mis en place un dispositif de réaction de crise capable d'opérations amphibies, d'assauts aériens rapides et de renforts immédiats.
Mardo Soghom a été journaliste et responsable éditorial à Radio Free Europe/Radio Liberty pendant trois décennies, supervisant les services iranien et afghan jusqu'en 2020, et a été rédacteur en chef du site en anglais d'Iran International.

L’annonce faite par le président Donald Trump, le 23 mars 2026, selon laquelle son administration mène des discussions avec de hauts responsables de la République islamique a pris de court, contribuant à faire reculer les cours du pétrole et à soutenir les marchés mondiaux. La réaction de Téhéran a été immédiate. Après de premiers démentis venus des centres de pouvoir, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a opposé, au petit matin du 24 mars, un rejet formulé en termes très durs.
Le principal organe médiatique des Gardiens de la révolution, Tasnim, a balayé l’information, la présentant comme une manœuvre du président américain — « une arme destinée à semer le doute parmi les forces politiques et sociales engagées dans la défense de l'Iran, à les détourner de la concentration sur l'adversaire et à les entraîner sur un autre théâtre d'affrontement ».
Trump a déclaré que les États-Unis avaient engagé des discussions avec l’Iran et que les deux parties étaient parvenues à ce qu’il a qualifié de « points d'accord majeurs », laissant entendre qu’un accord mettant fin au conflit pourrait être à portée de main. Il a indiqué que des échanges avaient eu lieu au cours du week-end et se poursuivaient, conduits par des émissaires tels que Steve Witkoff et Jared Kushner. Il a également décrit ces contacts comme « très bons et productifs » et, sur cette base, annoncé le report de cinq jours des frappes américaines prévues contre les infrastructures énergétiques iraniennes afin de permettre à la diplomatie d’avancer.
Le nom du président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a surgi presque aussitôt. Politico a rapporté que certains, à la Maison-Blanche, voyaient en lui un interlocuteur possible — voire un futur dirigeant potentiel. Ghalibaf a rapidement démenti tout contact avec Washington, sans doute pour dissiper les soupçons de ses rivaux ou pour conforter une ligne unifiée de l’intérieur du système. Il traîne une réputation entachée : il est largement perçu comme l’une des figures les plus corrompues de l’establishment et ne dispose pratiquement d’aucun soutien en dehors d’un cercle étroit d’initiés. Ses candidatures présidentielles répétées ont échoué, et il a conservé son poste actuel pour l’essentiel grâce au soutien de son parent, l’ancien Guide suprême Ali Khamenei.
Ghalibaf, mais aussi un large éventail de responsables et de médias, ont présenté l’annonce de Trump comme un recul. Ils ont soutenu que la prudence américaine reflétait la capacité de l’Iran à menacer les infrastructures énergétiques dans l’ensemble de la région. « Donald Trump […] s'est heurté au mur dur de la réalité et au sérieux des menaces iraniennes », a déclaré Tasnim. « Il s'est désormais replié du champ de bataille vers les réseaux sociaux, cherchant à compenser ses revers militaires par des messages psychologiques. L'Iran, lui, reste vigilant sur le terrain. »
Le communiqué allait plus loin, en suggérant qu’un appel lancé le 22 mars par la figure de l’opposition en exil Reza Pahlavi, exhortant Trump à ne pas frapper le réseau électrique iranien, annonçait un retrait américain imminent.
Le 24 mars, Ali Nikzad, vice-président du Parlement, a durci le propos : « Nous ne rétablirons pas le détroit d'Ormuz dans son état antérieur et nous ne négocierons pas avec quelqu'un qui est un menteur et ne montre aucun signe d'honneur, d'humanité ou de conscience », a-t-il déclaré, ajoutant que les négociations passées l’avaient démontré.
Ces propos soulignent à quel point le détroit d’Ormuz est devenu central dans la stratégie de Téhéran. L’Iran semble considérer le contrôle — ou la perturbation — de cette voie maritime comme son levier le plus efficace contre les États-Unis et leurs alliés. Alors que les attaques de missiles sur les pays voisins se poursuivent par intermittence, la capacité de l’Iran à peser sur les flux énergétiques mondiaux via Ormuz demeure sa source de pression la plus puissante. Les déclarations de Nikzad laissent entrevoir une ambition plus large : affirmer une domination durable sur le détroit et en faire un instrument de pression continu.
Certains observateurs interprètent les références de Trump à des négociations comme une manière de gagner du temps pendant que les forces américaines achèvent leur déploiement et se préparent à garantir la liberté de navigation. Washington renforce son dispositif dans la région en combinant des forces de réaction rapide issues de plusieurs armes. Outre la 11e unité expéditionnaire des Marines embarquée à bord de l'USS Boxer et la 31e unité expéditionnaire des Marines à bord de l'USS Tripoli, la montée en puissance comprend des éléments de déploiement rapide de l’armée de terre et de l’armée de l’air, telle l’Immediate Response Force articulée autour de la 82e division aéroportée, ainsi que des avions de chasse prépositionnés, dont des F-15E Strike Eagle. Ensemble, ces moyens forment un dispositif souple de gestion de crise, capable d’opérations amphibies, d’assauts aériens rapides et de renforts immédiats à l’échelle de la région.
Si les affirmations de Trump et son ton optimiste invitent au scepticisme, plusieurs sources régionales ont évoqué de possibles contacts diplomatiques, impliquant éventuellement des intermédiaires comme la Turquie et le Pakistan. Son nouveau délai de cinq jours expirera autour du 27 ou du 28 mars, selon la manière de compter. Faute de preuves claires de négociations d’ici là, la dimension militaire devrait prendre le dessus.
