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En Syrie, la nouvelle donne n'offre guère d'espoir aux Kurdes

L'accord du 18 janvier 2026 conclu avec le gouvernement constitue un revers majeur pour les Kurdes de Syrie et leurs aspirations politiques.

Sirwan Kajjo est journaliste et chercheur, spécialiste de la politique kurde, du militantisme islamique et des affaires syriennes. Il a contribué à deux chapitres d’ouvrages sur la Syrie et les Kurdes, publiés par Indiana University Press et Cambridge University Press. Ses écrits sur les questions syriennes et kurdes ont été publiés par le Forum du Moyen-Orient (Middle East Forum), le Washington Institute for Near East Policy et d’autres organismes de recherche appliquée et publications de premier plan. Kajjo est également l’auteur de Nothing But Soot (Rien que de la suie), un roman dont l’action se déroule en Syrie. Il est titulaire d’une licence en gouvernement et politique internationale de l’université George Mason.

Syria's interim President Ahmed al-Sharaa.
Le président syrien par intérim Ahmed al-Charaa. · Shutterstock

L’heure de vérité a sonné pour les Kurdes de Syrie, de façon spectaculaire : il n’y aura pas d’autonomie telle que nombre d’entre eux l’avaient envisagée, après avoir exercé de facto l’autogouvernement pendant plus d’une décennie. En l’espace de deux semaines seulement, les forces dirigées par les Kurdes ont perdu plus des deux tiers du territoire qu’elles contrôlaient dans le nord-est de la Syrie.

Peu après s’être emparées, début janvier, des deux quartiers à majorité kurde d’Alep, les forces du gouvernement syrien et les milices qui leur sont affiliées ont lancé une nouvelle offensive de grande ampleur contre les Forces démocratiques syriennes dans l’est de la province d’Alep, ainsi qu’à Raqqa et Deir Ezzor. À de rares exceptions près, la plupart des villes et des bourgs sont tombés rapidement, les forces dirigées par les Kurdes s’étant retirées. La majeure partie de ces zones se trouvait sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes depuis près de dix ans, après leur libération de l’État islamique avec l’appui de la coalition mondiale menée par les États-Unis.

L’offensive a culminé le 18 janvier 2026 avec l’annonce d’un nouvel accord entre le gouvernement syrien et les Forces démocratiques syriennes, qui remplace celui du 10 mars 2025. Le nouvel accord dépouille les forces kurdes de l’essentiel de leur autorité. Avec une reprise en main complète par le gouvernement syrien, les Forces démocratiques syriennes n’auront plus de présence à Raqqa ni à Deir Ezzor. Dans la province à majorité kurde de Hassaké, toutes les institutions civiles seront intégrées à l’appareil d’État, et les combattants des Forces démocratiques syriennes seront intégrés aux ministères syriens de la Défense et de l’Intérieur à titre individuel, et non en tant que force constituée. Un dispositif similaire s’appliquera à la ville de Kobané, qui fait partie de la province d’Alep.

Au total, cet accord en quatorze points constitue un revers majeur pour les Kurdes de Syrie et leurs aspirations politiques. Ce qui attend les Kurdes, c’est une forme d’autonomie administrative contrainte — et probablement largement nominale — dans la province de Hassaké et à Kobané. L’autre région kurde, Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, restera sous administration directe du gouvernement syrien.

Pendant des années, les Forces démocratiques syriennes et leurs institutions civiles ont tenté de bâtir une entité politique pluriethnique et plurireligieuse dans les zones sous leur contrôle. Ce projet s’est, de fait, effondré le 18 janvier. Les défections rapides et massives de tribus arabes et de personnalités arabes de premier plan, qui ont quitté les Forces démocratiques syriennes et leur Administration autonome, soulignent l’échec des efforts kurdes pour redéfinir les rapports sociaux et politiques avec les communautés arabes. La réalité est que la plupart des Arabes n’ont pas accepté une gouvernance dirigée par les Kurdes dans leurs régions, alors même que le modèle des Forces démocratiques syriennes ne ressemblait en rien aux régimes nationalistes arabes autoritaires qui ont, historiquement, opprimé les Kurdes dans toute la région.

Les Kurdes de Syrie sont profondément déçus par la tournure des événements. Un sentiment domine chez eux : celui d’avoir été abandonnés par leurs amis et alliés. Au cours de la dernière décennie, ils se sont considérés comme des partenaires proches des États-Unis — non seulement dans la lutte contre l’État islamique, où les Kurdes ont perdu plus de 12 000 combattants, mais aussi parce qu’ils sont sincèrement pro-américains et pro-occidentaux. Mais il leur est apparu clairement que les États-Unis et l’Occident ont pris le parti de l’État syrien, bien que celui-ci soit dirigé par un ancien djihadiste.

Les Kurdes sont le dernier espoir d’une Syrie démocratique. Toutefois, leurs institutions militaires et politiques étant désormais en plein désarroi, il est peu probable qu’ils constituent une force efficace pour orienter la Syrie vers un système pluraliste dans lequel toutes les ethnies, religions et confessions jouiraient de droits et d’une représentation égaux.

La Syrie est aujourd’hui gouvernée non seulement par d’anciens djihadistes, mais aussi par des éléments importants, au sein de ses structures militaires et administratives, qui adhèrent à des idéologies extrémistes. C’est un mélange de courants radicaux allant des Frères musulmans au salafisme. Les massacres commis contre les communautés druze et alaouite, et plus récemment contre les Kurdes à Alep, montrent que le pays a peu de chances de renouer avec la stabilité de sitôt.

L’espoir de Washington d’une stabilité durable en Syrie pourrait se révéler illusoire. Les autorités du gouvernement intérimaire syrien prendront bientôt, dans le cadre de l’accord du 18 janvier, le contrôle des camps et des centres de détention qui abritent des milliers de dangereux terroristes de l’État islamique ainsi que leurs familles. Outre le fait que ses forces militaires comptent en leur sein des membres éprouvant de la sympathie pour l’État islamique, le gouvernement syrien n’a pas démontré de capacité effective à répondre à la menace que représente ce groupe.

L’attaque de Palmyre, en décembre 2025, qui a tué deux militaires américains et un traducteur civil, a été menée par un membre des forces de sécurité du gouvernement syrien. Si cet incident a montré quelque chose, c’est que la menace pesant sur les intérêts américains en Syrie ne se limite pas aux groupes terroristes.