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Les violences sectaires contre les alaouites de Syrie ne cessent pas

Les violences qui frappent toujours les alaouites et d'autres communautés de Syrie exigent une attention internationale soutenue.

Sirwan Kajjo est journaliste et chercheur, spécialiste de la politique kurde, du militantisme islamique et des affaires syriennes. Il a contribué à deux chapitres d’ouvrages sur la Syrie et les Kurdes, publiés par Indiana University Press et Cambridge University Press. Ses écrits sur les questions syriennes et kurdes ont été publiés par le Forum du Moyen-Orient (Middle East Forum), le Washington Institute for Near East Policy et d’autres organismes de recherche appliquée et publications de premier plan. Kajjo est également l’auteur de Nothing But Soot (Rien que de la suie), un roman dont l’action se déroule en Syrie. Il est titulaire d’une licence en gouvernement et politique internationale de l’université George Mason.

The March 2025 massacres of Alawites by Sunni militias in Syria generated protests.
Les massacres d'alaouites commis par des milices sunnites en Syrie en mars 2025 ont provoqué des manifestations. · Shutterstock

L’effondrement de la dynastie Assad, en décembre 2024, a mis fin à des décennies d’oppression de la majorité sunnite syrienne. Mais il a aussi marqué le début de violences ciblées contre la communauté alaouite du pays, dont est issue la famille Assad. Les membres de la secte alaouite, une branche de l’islam chiite, représentent environ 10 % de la population syrienne. Ils sont principalement concentrés dans les provinces côtières de Lattaquié et de Tartous, et sont aussi fortement présents à Damas, Homs et Hama.

Les attaques de représailles contre les Alaouites ont commencé après la chute d’Assad. La multiplication des discours de haine visant les Alaouites a accompagné la montée des tensions sectaires et un sentiment d’impunité chez certains islamistes sunnites, à la faveur du nouveau régime de Hay’at al-Tahrir à Damas. Ces tensions ont culminé avec les atrocités commises du 6 au 10 mars 2025 contre les Alaouites par des milices sunnites. Si ces massacres ont attiré l’attention internationale, ils ne constituent ni les premiers ni les derniers épisodes de violence contre la communauté alaouite.

Le gouvernement syrien intérimaire a mis en place une commission d’enquête chargée d’examiner les tueries survenues dans la région côtière. Bien que cette commission n’ait encore publié aucune conclusion, elle ne parviendra vraisemblablement pas à des résultats significatifs, car une enquête indépendante et approfondie mettrait probablement en cause des membres des forces de sécurité du gouvernement. Le président intérimaire syrien, Ahmed al-Sharaa, semble espérer que la prolongation du mandat de la commission lui permettra de gagner du temps afin de détourner les pressions, tant locales qu’internationales. Des organisations de défense des droits humains ont exprimé leur scepticisme quant à la capacité de la commission à travailler à l’abri de l’influence gouvernementale, relevant sa réticence à associer les organisations syriennes et internationales de défense des droits humains au processus d’enquête.

Les massacres de mars ne sont pas des incidents isolés, mais s’inscrivent dans un schéma de violence plus large visant la communauté alaouite. Pour la seule dernière semaine d’avril, le Réseau syrien pour les droits de l’homme (Syrian Network for Human Rights) a documenté l’exécution extrajudiciaire d’au moins 20 civils dans des zones à majorité alaouite de la province de Homs. La même organisation a signalé que des assaillants armés avaient tué plus de 360 personnes dans des zones peuplées d’Alaouites des provinces de Homs et de Hama entre janvier et la fin avril. Ce qui rend cette tendance particulièrement alarmante, c’est que les autorités locales ont classé la plupart de ces affaires sous la mention « auteur inconnu ». L’absence de véritable reddition des comptes, conjuguée à une enquête qui s’éternise sur les massacres de mars, ne fait qu’encourager les groupes sunnites extrémistes à poursuivre leurs attaques contre la communauté alaouite.

Des informations récentes font également état de groupes armés affiliés aux ministères de la Défense et de l’Intérieur du gouvernement intérimaire menant des raids sur des domiciles alaouites à Lattaquié et à Tartous, saccageant les biens et plaçant des personnes en détention pour interrogatoire — apparemment dans le seul but d’instiller la peur et l’intimidation. La situation reste si tendue que nombre des milliers d’Alaouites qui avaient cherché refuge sur la base aérienne russe de Hmeimim, à Lattaquié, pendant les violences de mars continuent d’y être abrités, malgré les appels de Moscou à évacuer les lieux.

Le gouvernement d’al-Sharaa s’est largement appuyé sur le déni plausible pour se distancier de ces épisodes de violence contre les Alaouites, les qualifiant souvent d’« actes individuels » sans lien avec la politique officielle ou une implication de l’État. Même si cette affirmation a quelque fondement, elle suscite l’inquiétude quant à la capacité du gouvernement intérimaire à exercer un contrôle sur la mosaïque de milices radicales opérant sous son autorité nominale.

Le régime d’al-Sharaa a eu recours à une stratégie de déni plausible similaire fin avril, après que de violents affrontements ont éclaté dans une zone druze proche de Damas, à la suite du meurtre de plus d’une dizaine de civils dans une autre localité à majorité druze par un groupe armé affilié au gouvernement.

Les violences qui frappent toujours les Alaouites et d’autres communautés en Syrie exigent une attention internationale soutenue. Cela ne signifie pas qu’il faille réserver un traitement particulier aux groupes minoritaires ; c’est plutôt un rappel que la réconciliation dans une Syrie post-Assad dépend de la volonté de la communauté internationale d’examiner d’un œil critique les engagements et les actes du gouvernement intérimaire, au lieu de laisser prévaloir les vœux pieux.