Neutraliser la menace houthie : une feuille de route stratégique pour la mer Rouge et au-delà
Après l'échec des frappes américaines du printemps 2025 à éliminer les Houthis, il faut une stratégie qui corrige l'asymétrie des coûts et prive le mouvement de ses moyens d'action.
Eric Navarro est un officier supérieur chevronné, un dirigeant d’entreprise et un stratège de la sécurité nationale. Lieutenant-colonel au sein de la réserve du Corps des Marines (récemment sélectionné pour être promu colonel), M. Navarro a effectué deux missions de combat en Irak et a dirigé d’innombrables cycles d’instruction, initiatives technologiques et opérations sur le terrain à travers le monde. M. Navarro est titulaire d’un MBA de la Stern School of Business de l’université de New York et d’un M.S. en stratégie de sécurité nationale du National War College. Il est également l’auteur d’un livre, intitulé God Willing, relatant son expérience comme l’un des premiers conseillers intégrés auprès de la nouvelle armée irakienne. Il intervient fréquemment dans les médias, par des articles et des apparitions consacrés à la stratégie de sécurité nationale et à l’usage de la puissance américaine dans un environnement géopolitique contesté.

Les États-Unis se trouvent à un carrefour stratégique en mer Rouge. Après des années d’errance, l’administration Trump a affronté la menace houthie de manière décisive, au moyen d’opérations militaires continues du 15 mars au 6 mai 2025. Pourtant, si les frappes américaines ont infligé des dégâts, elles n’ont pas éliminé la menace. Le coût de chaque munition américaine — mis en regard de l’arsenal houthi, peu sophistiqué mais à fort impact — a mis en évidence une asymétrie saisissante. Ce déséquilibre, conjugué à des considérations politiques, a probablement pesé dans la décision du président Trump de mettre un terme aux frappes après la suspension temporaire des attaques maritimes par les Houthis. Cette pause a pris fin les 6 et 7 juillet 2025, lorsque les Houthis ont frappé deux vraquiers sous gestion grecque et lancé une attaque au missile balistique contre l’aéroport Ben Gourion, en Israël. En somme, les Houthis ont rappelé au monde qu’ils restent déterminés à atteindre leurs objectifs stratégiques par la violence.
Ces dernières attaques houthies montrent que vaincre le mouvement exige plus que des gains tactiques de court terme : il faut une stratégie globale et intégrée. Une telle stratégie doit viser non seulement les capacités militaires des Houthis, mais aussi leurs réseaux financiers, leur légitimité politique et leurs dispositifs de soutien extérieur. Faute de quoi, les Houthis pourront se regrouper et se réarmer. L’Iran continuera d’exploiter les Houthis comme supplétifs pour déstabiliser la région, tandis que des rivaux quasi à parité comme la Chine étendent leur emprise sur les biens communs mondiaux. Sont en jeu la crédibilité des États-Unis, la stabilité régionale et la libre circulation du commerce mondial.
La mer Rouge est vitale pour les intérêts américains et, plus largement, pour l’ordre international : elle constitue un nœud stratégique reliant l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Près de 15 % du commerce mondial transite par le détroit de Bab el-Mandeb. À chaque navire attaqué par les Houthis, à chaque prime d’assurance qu’ils font grimper, à chaque route commerciale qu’ils détournent, les acteurs malveillants accumulent de la puissance aux dépens des États-Unis. L’histoire révèle à quel point ce corridor est vulnérable. La crise de la piraterie somalienne du début des années 2000 a failli paralyser le commerce régional et a contraint à des interventions multinationales coûteuses. Les menaces actuelles sont plus aiguës encore, l’Iran et la Chine cherchant activement à exercer leur influence sur ces points de passage critiques.
Les retombées économiques de l’instabilité en mer Rouge dépassent largement le Yémen. Les compagnies maritimes mondiales détournent déjà leurs navires par le cap de Bonne-Espérance, ajoutant des semaines aux temps de transit et alourdissant les coûts. Ces trajets plus longs font monter les prix de l’énergie, perturbent les chaînes d’approvisionnement et mettent sous tension les économies européennes, asiatiques et américaine. Les primes d’assurance pour le transport en mer Rouge ont également explosé. Si la menace houthie sur ces routes vitales perdure sans être contenue, les pressions inflationnistes mondiales s’intensifieront et freineront la reprise économique. Elles affaibliront la résilience des États-Unis et de leurs alliés face à des concurrents comme la Chine. Sécuriser la mer Rouge n’est donc pas seulement un impératif régional : c’est aussi une condition essentielle de la stabilité économique mondiale et de la compétitivité stratégique américaine.
Compte tenu des implications mondiales de l’instabilité en mer Rouge, le temps des demi-mesures est révolu, en particulier après le récent conflit de douze jours entre Israël et l’Iran et la reprise des hostilités par les Houthis. Dans ce nouvel environnement géopolitique, Washington doit poursuivre trois objectifs clairs : éliminer durablement la menace houthie, stabiliser le Yémen au moyen d’une structure de gouvernance décentralisée mais unifiée, et garantir la liberté de navigation dans l’un des corridors maritimes les plus critiques du monde. Atteindre ces objectifs exigera une campagne soutenue, coordonnant les leviers militaire, économique, politique et informationnel, planifiée sur au moins quinze mois.
Ce calendrier est délibéré : il est conçu pour s’accorder aux réalités politiques intérieures américaines. À l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2026, l’administration Trump dispose d’une fenêtre d’action qui se referme rapidement. Une campagne globale doit sécuriser la mer Rouge sous la direction des États-Unis et de partenaires régionaux alliés, de préférence avant que les électeurs américains ne se rendent aux urnes. L’objectif est de stabiliser la mer Rouge avant que des basculements électoraux ne puissent compromettre l’opération. L’opinion publique compte, mais elle ne saurait se substituer à un leadership déterminé. Trop souvent, les responsables politiques américains se comportent comme des girouettes, ballottés par les vents politiques. En l’occurrence, les décideurs américains doivent adopter une stratégie qui reflète pleinement les enjeux, prenne la mesure des réalités intérieures et géopolitiques, et assume les risques nécessaires pour garantir les intérêts américains en mer Rouge.
Pour atteindre ses objectifs de sécurité en mer Rouge dans un horizon de quinze mois, les États-Unis doivent mettre en œuvre une stratégie en trois grandes phases :
1) Actions immédiates (0 à 5 mois) : montée en puissance d’une couverture massive par drones et des frappes. Mener des missions de sabotage et conduire des opérations cyber. Faire respecter sans compromis des zones maritimes d’exclusion. Lancer des campagnes mondiales de communication stratégique. Mobiliser le secteur privé pour durcir les opérations de transport commercial.
2) Actions à moyen terme (5 à 10 mois) : élargir le soutien militaire et le soutien à la gouvernance en faveur des partenaires yéménites. Accélérer le détournement des flux commerciaux vers des ports alternatifs, intensifier l’application des sanctions et maintenir la pression diplomatique sur Oman. Rendre opérationnels des modèles de gouvernance décentralisée dans les zones libérées.
3) Actions de consolidation (10 à 15 mois) : transférer les responsabilités de sécurité maritime à des coalitions régionales. Achever la reconstruction des infrastructures critiques. Obtenir la reconnaissance diplomatique internationale d’un gouvernement yéménite décentralisé. Maintenir une pression sans relâche en matière de communication stratégique contre les Houthis et leurs parrains iraniens.
Chaque phase s’appuie sur la précédente. La première vise à établir les conditions initiales sur le théâtre d’opérations et à façonner l’environnement de communication stratégique. La deuxième intensifie la pression militaire, en particulier au sol, afin de placer l’adversaire sur la défensive. La troisième met en place des cadres politiques, économiques et sécuritaires durables et autoentretenus.
Chacune des actions recommandées dans ce plan en trois phases mérite une évaluation approfondie. Les planificateurs doivent d’abord admettre que les Houthis ne répondent qu’à la force. Des frappes aériennes limitées ou interrompues de façon arbitraire n’entameront ni leur capacité opérationnelle ni leur volonté de combattre. Une campagne militaire persistante et progressive doit démanteler les capacités houthies de frappe maritime, leur refuser tout sanctuaire et désorganiser leurs réseaux de commandement et de contrôle. Les forces américaines et celles de la coalition doivent maintenir un tempo opérationnel constant, en visant les lanceurs de missiles balistiques, les centres de production de drones, les stations radar côtières et les plateformes de frappe maritime. Les opérations préemptives doivent avoir pour objet de bloquer les tirs avant qu’ils n’aient lieu, plutôt que de riposter après coup. Surtout, la direction houthie doit être soumise à une pression sans relâche : aucun refuge, pas un instant de répit, jour et nuit, aucune possibilité de donner des ordres.
Pour mener une stratégie plus efficace contre les Houthis au sol sans déployer de forces américaines substantielles, les États-Unis doivent réévaluer leurs partenariats locaux. Washington devrait donner la priorité à un soutien direct et bien coordonné aux forces anti-houthies les plus capables — au premier rang desquelles les Forces conjointes le long de la côte de la mer Rouge, commandées par le général de brigade Tariq Saleh, et les Brigades des Géants (Giants Brigades), hautement entraînées. Les forces militaires et tribales de Marib, sous l’autorité du chef d’état-major, doivent rester un pilier central de la résistance. Les forces militaires et de sécurité de l’Hadramaout, de Taëz, d’al-Mahra et de Chabwa, servant de plateformes d’appui logistique et humain, peuvent étendre encore la portée opérationnelle américaine. Enfin, les forces du Conseil de transition du Sud (Southern Transitional Council, STC) pourraient jouer un rôle décisif sur les fronts du centre et du nord, à condition que leur déploiement s’aligne sur les objectifs nationaux américains.
Ces forces, prêtes au combat, sont disposées à affronter les Houthis, notamment à Mokha, Taëz et Marib. Une coordination politique rend leur activation possible sans qu’il soit nécessaire de forger une large unité entre les groupes ou de contraindre des factions rivales à coopérer. S’il reste improbable, à court terme, d’unifier totalement toutes les branches militaires de la coalition anti-houthie, des partenariats ciblés, centrés sur des fronts et des objectifs précis, sont réalisables. Cela peut être obtenu en se coordonnant avec des membres du Conseil de direction présidentielle, tels que Sultan al-Aradah et Tariq Saleh, le président assurant la couverture politique nécessaire.
Une pression militaire soutenue des forces américaines et alliées sur les Houthis dégradera leurs capacités, mais produira aussi un effet d’entraînement. Les factions hésitantes qui constateront des progrès militaires crédibles et comprendront que le risque politique a diminué seront incitées à rejoindre la campagne anti-houthie. Pour créer cette dynamique, les forces américaines et alliées doivent agir en multiplicateurs de puissance, en renforçant la coalition anti-houthie. Dans cette optique, les forces d’opérations spéciales devraient mener des missions de sabotage contre les infrastructures houthies critiques, notamment les sites de stockage souterrains et les unités de lancement mobiles. Parallèlement, des opérations cyber doivent démanteler les communications chiffrées des Houthis, leurs systèmes de désignation d’objectifs et leurs réseaux de commandement de drones. L’objectif est de paralyser les systèmes houthis, en leur retirant la capacité de coordonner des attaques maritimes, d’aggraver la déstabilisation régionale ou de se défendre contre les forces terrestres anti-houthies.
Les systèmes aériens sans pilote (unmanned aerial systems, UAS), tels que le drone MQ-9 Reaper, doivent mener des missions persistantes de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) ainsi que des frappes, y compris l’interception de menaces maritimes. Au-delà des Reaper, des essaims de quadricoptères à bas coût devraient couvrir le champ de bataille yéménite, privant la direction houthie de sa liberté de mouvement et d’action. Sur le front maritime, des navires de surface sans équipage comme le MARTAC Devil Ray et des véhicules sous-marins autonomes comme le REMUS 600 doivent dominer les opérations de surveillance et d’interdiction maritimes. Des véhicules terrestres sans pilote devraient patrouiller les régions frontalières clés et les axes d’approvisionnement, afin de restreindre les mouvements houthis d’armes et de personnels. En agissant de concert avec les forces alliées, les États-Unis peuvent mobiliser ces moyens militaires pour étendre leur portée, réduire les risques pour les personnels et submerger les défenses houthies par une pression persistante et multidomaine.
Un autre objectif devrait être l’application vigoureuse de zones maritimes d’exclusion autour des ports contrôlés par les Houthis — Hodeïda, Saleef et Ras Issa — afin de perturber les chaînes d’approvisionnement en armes qui alimentent la machine de guerre houthie. Les navires qui violeraient ces zones doivent faire l’objet d’une interdiction immédiate. Une attention particulière devrait être accordée aux navires transportant du carburant. Les Houthis stockent ce carburant pour alimenter leurs frappes et le revendent au marché noir. En frappant ces stocks, les États-Unis pourraient transformer une ressource clé des Houthis en handicap, affaiblissant substantiellement la capacité opérationnelle du mouvement.
Si ces mesures militaires devraient être efficaces, l’action militaire seule ne peut démanteler l’insurrection houthie. Une offensive politique et économique parallèle est nécessaire pour isoler les Houthis et les priver des ressources indispensables à leur survie. Le département du Trésor, en coordination avec les alliés régionaux, doit élargir les sanctions visant les compagnies maritimes iraniennes, les facilitateurs logistiques et les intermédiaires financiers qui soutiennent les opérations de contrebande houthies. À cette fin, le renseignement américain devrait se donner pour priorité de cartographier et de démanteler les réseaux financiers illicites opérant via Oman, le Liban et l’Afrique de l’Est.
Simultanément, Washington doit investir massivement dans des ports alternatifs comme Aden, Moukalla et Berbera afin de détourner le trafic commercial des territoires contrôlés par les Houthis. Chaque navire dérouté prive les Houthis de recettes douanières essentielles et sape leurs prétentions à la légitimité politique. Le détournement des flux commerciaux fonctionne comme un outil stratégique. En outre, investir dans ces ports alternatifs contrarie les ambitions chinoises des « Nouvelles routes de la soie », qui visent à dominer la logistique et les infrastructures régionales. En entravant vigoureusement les efforts de la Chine pour supplanter les États-Unis comme puissance hégémonique mondiale, ces investissements font office de contrepoids économique.
Sur le plan diplomatique, les États-Unis doivent faire pression sur Oman pour qu’il ferme sa frontière poreuse à la contrebande d’armes iraniennes. Historiquement neutre, Oman, par sa facilitation passive de la contrebande, fait désormais peser une menace directe sur la stabilité régionale. Des incitations économiques et une coopération sécuritaire peuvent encourager Oman à se conformer, mais des conséquences claires doivent sanctionner toute inaction. Une diplomatie discrète, appuyée par des leviers économiques, demeure essentielle. Si Oman continue de résister, les États-Unis doivent être prêts à imposer leurs objectifs stratégiques avec détermination.
Conscients de la paralysie chronique de l’ONU, les États-Unis doivent conduire une coalition maritime ad hoc — en s’appuyant sur des cadres comme l’opération Prosperity Guardian — pour obtenir un soutien international à la liberté de navigation en mer Rouge. Attendre un consensus au sein d’institutions internationales moribondes est voué à l’échec. Les partenaires de la coalition devraient inclure l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et les puissances navales européennes disposées à s’engager.
Les victoires stratégiques se remportent à la fois sur le champ de bataille et dans l’espace informationnel. À ce titre, les Houthis doivent être délégitimés sur les plans régional et international. Une campagne d’information soutenue et offensive devrait exposer leurs atrocités : recrutement d’enfants soldats, prise pour cible délibérée de navires civils, détournement de l’aide humanitaire. Les médias occidentaux, arabes et internationaux doivent amplifier ce message sans relâche. Les décideurs devraient lier directement les Houthis à la stratégie plus large de déstabilisation régionale de Téhéran et aux ambitions maritimes de la Chine. Les Houthis doivent également être présentés comme une force supplétive menaçant non seulement le Yémen, mais l’économie mondiale tout entière. De nombreux rapports documentent les agissements illicites de la Chine, notamment la mise en place de filières clandestines fournissant aux Houthis des armes et des systèmes de guidage avancés pour missiles et drones. D’autres rapports affirment qu’une société chinoise d’imagerie satellitaire a fourni du renseignement géospatial permettant de cibler des navires de guerre américains et des navires internationaux.
Dans cet environnement informationnel, un cadrage stratégique plus large peut galvaniser une opposition occidentale plus étendue et inciter le secteur privé à exiger une action décisive. Le secteur privé doit s’engager de manière proactive, en particulier dans les secteurs du transport maritime et de l’assurance. Des groupes de travail structurés devraient élaborer des mesures défensives portées par l’industrie, des campagnes de plaidoyer et des mécanismes de partage du renseignement. Les acteurs commerciaux doivent reconnaître que la sécurité maritime constitue un impératif partagé.
La diplomatie publique doit dépasser les publics occidentaux. Des partenariats avec les alliés du Golfe doivent synchroniser les messages diffusés par les médias régionaux, afin de contrer la propagande houthie et de renforcer la légitimité des efforts menés par les États-Unis pour rétablir la stabilité et la prospérité. La défaite militaire des Houthis reste nécessaire mais insuffisante : une stabilité durable exige de donner les moyens à des acteurs yéménites légitimes d’empêcher leur résurgence. Les États-Unis doivent accroître substantiellement leur soutien au gouvernement yéménite internationalement reconnu et aux forces anti-houthies dûment vérifiées, comme le STC et des milices tribales clés. Ce soutien devrait comprendre des armements avancés, du partage de renseignement et de la logistique, sous condition d’engagements en faveur de l’unité nationale et d’un alignement sur les intérêts occidentaux.
Washington doit promouvoir un modèle de gouvernement décentralisé pour le Yémen afin d’éviter les erreurs qui ont condamné les précédentes tentatives de gouvernance. Partitionner le Yémen nourrirait probablement un conflit sans fin, tandis que la décentralisation offre une voie vers l’inclusion, la stabilité et une autonomie effective, sans fracturer l’État. L’Irak et l’Afghanistan illustrent les dangers d’une centralisation excessive. Dans ces États fragiles, des gouvernements très centralisés à Bagdad et à Kaboul ont peiné à composer avec des dynamiques tribales, confessionnelles et régionales complexes, déclenchant en définitive instabilité et insurrection. À l’inverse, les modèles politiques décentralisés renforcent les autorités locales, favorisent une appropriation partagée de la gouvernance et réduisent les incitations à la rébellion. Au Yémen, la décentralisation permettrait à des groupes ethniques et à des régions disparates d’exercer leur autonomie tout en préservant une identité nationale unifiée. Cette approche empêcherait les Houthis d’exploiter des griefs ou de marginaliser des groupes de manière susceptible d’allumer de futures insurrections.
Les efforts de reconstruction doivent donner la priorité à des projets visibles et à fort impact dans les territoires libérés. Rétablir rapidement les infrastructures portuaires, les installations douanières, les dispensaires et les réseaux de transport créera des alternatives économiques tangibles au pouvoir houthi. L’aide internationale doit être rigoureusement contrôlée pour prévenir les détournements et la corruption. Des critiques pourront évoquer des risques d’escalade, de dérive de la mission et de réactions hostiles dans la région ; ces risques sont réels, mais restent maîtrisables. L’escalade peut être contrôlée par des frappes calibrées, des règles d’engagement claires et un dialogue diplomatique constant avec les partenaires régionaux. Les paramètres de la mission doivent demeurer strictement centrés sur la sécurité maritime et les opérations contre les Houthis, et éviter l’enlisement dans la politique intérieure yéménite. Sécuriser des corridors humanitaires vers les ports libérés peut atténuer le risque de crise humanitaire en permettant l’acheminement de l’aide tout en privant les Houthis de tout moyen de pression. Une coordination continue avec les alliés du Golfe, l’Égypte et les autres parties prenantes réduira au minimum les réactions hostiles dans la région et garantira une appropriation partagée de la campagne visant à défaire le mouvement.
Une autre manière de maîtriser l’escalade des risques consiste à adopter une ligne dure dans les futures négociations avec l’Iran. Les États-Unis doivent exiger, comme condition non négociable, que l’Iran cesse tout soutien matériel aux Houthis. Téhéran doit comprendre que la poursuite de son appui aux Houthis déclenchera une campagne américaine plus large visant les infrastructures iraniennes. Lier les exigences de sécurité maritime à la diplomatie nucléaire permettra à Washington de faire valoir sa position de force et d’accroître le coût de l’intransigeance iranienne. À la lumière des récentes frappes américaines sur Fordow et d’autres sites nucléaires, cette menace gagne en crédibilité.
Au-delà de ces mesures d’atténuation, il est essentiel que les États-Unis reconnaissent que l’inaction comporte des risques bien plus grands. Les Houthis ne sont pas une simple faction yéménite : ils sont une arme stratégique maniée par Téhéran contre l’économie mondiale et un pion dans la partie de longue haleine que joue la Chine pour dominer les routes du commerce international. Les traiter comme quoi que ce soit de moindre relève de la faute professionnelle stratégique.
Une campagne menée à demi garantit presque à coup sûr un cycle de dissuasion temporaire suivi d’une reprise du conflit. Le résultat probable : un État yéménite effondré, un Iran enhardi, des coûts du transport maritime mondial en forte hausse et l’érosion de l’influence américaine sur un théâtre stratégique vital. Pire, des adversaires comme la Chine interpréteront l’absence de détermination et de compétence américaines comme une invitation ouverte à intensifier leur agressivité dans le monde entier.
Au vu de ces réalités stratégiques, les États-Unis doivent admettre que vaincre les Houthis n’est pas simplement souhaitable : c’est impératif. La mer Rouge est trop critique, la menace iranienne trop manifeste et les ambitions de la Chine trop dangereuses pour accepter autre chose qu’une victoire décisive. Seule une campagne globale, intégrée et soutenue, adossée à la supériorité militaire, à la pression politique, à l’isolement économique, à la guerre de l’information et à l’autonomisation des acteurs locaux, peut apporter une sécurité durable.
Un tel succès exige de la détermination et une perspective de long terme. La mer Rouge ne peut être laissée au hasard : elle doit être sécurisée par un dessein délibéré. Les États-Unis doivent agir avec détermination, persévérance et en coopération, afin de protéger leurs intérêts de sécurité et économiques au sens large.
La victoire est un choix. Les États-Unis doivent le faire dès maintenant.
