Le Maroc devrait lancer une nouvelle Marche verte sur Ceuta et Melilla
Pedro Sánchez devrait donner corps à sa rhétorique anticoloniale et mettre fin à l'occupation espagnole en Afrique.

En 1975, l’Espagne cherchait désespérément soit à conserver la colonie du Sahara occidental dont elle s’était emparée des décennies plus tôt, soit, à tout le moins, à la transformer en État satellite en plaçant à sa tête des dirigeants triés sur le volet, quand bien même ils ne disposaient d’aucune légitimité locale.
Le roi Hassan II a mis en échec les ambitions de Madrid. Le 6 novembre 1975, quelque 350 000 Marocains désarmés sont tout simplement entrés en marchant dans le Sahara. Ils brandissaient des drapeaux marocains et portaient le Coran. Les forces espagnoles s’en sont tenues à l’inaction. Un peu plus d’une semaine plus tard, l’Espagne signait les accords de Madrid, par lesquels l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie convenaient de respecter les vues de la population locale. L’Espagne acceptait de se retirer du territoire avant la fin du mois de février suivant.
Hassan II avait l’histoire pour lui. La région était marocaine depuis plus d’un millénaire avant l’arrivée de l’empire espagnol. Les Marocains ont de nombreux débats internes, mais la souveraineté sur les territoires saisis par les colons européens n’en fait pas partie. Autrefois, le billet marocain de 100 dirhams commémorait la Marche verte.
Le roi Mohammed VI a prolongé l’héritage de la Marche verte par sa gestion du Sahara. Rapporté au nombre d’habitants, le Sahara reçoit davantage d’investissements publics dans les écoles et les autres infrastructures que les autres régions du Maroc. Dakhla comme Laâyoune sont des modèles de développement urbain durable. Les Sahraouis emprisonnés par le Front Polisario, vestige de la guerre froide que l’Algérie continue d’entretenir, fuient Tindouf à la moindre occasion, à tel point que le Polisario retient des membres de leur famille en otage pour empêcher tout départ vers le Maroc.
Alors que le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez reprend à son compte le langage de la décolonisation, Mohammed VI devrait renouer avec l’esprit de la Marche verte pour achever l’expulsion des colons espagnols du sol marocain. Ceuta et Mélilla sont peut-être des villes relativement petites, mais elles constituent des têtes de pont illégitimes et abritent environ 170 000 colons espagnols. Elles représentent un point faible pour la sécurité européenne, les migrants africains se ruant régulièrement sur les grillages pour demander l’asile.
Les Marocains devraient se rassembler, envoyer des bulldozers à la frontière, puis entrer désarmés dans Ceuta et Mélilla pour y hisser le drapeau. Sánchez et la presse espagnole brailleraient, mais ils n’auraient aucun motif d’agir. L’OTAN non plus, d’ailleurs, même si les forces marocaines entraient dans ces villes pour rétablir l’ordre et organiser le renvoi des colons de l’autre côté du détroit de Gibraltar, en Espagne.
L’OTAN est une alliance de défense mutuelle fondée sur l’appartenance et la géographie. L’article 5 de son traité fondateur dispose : « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties… . » L’article 6 est explicite : « Pour l’application de l’article 5, est considérée comme une attaque armée contre une ou plusieurs des parties, une attaque armée contre le territoire de l’une d’elles en Europe ou en Amérique du Nord… ou contre les îles placées sous la juridiction de l’une des parties dans la région de l’Atlantique Nord au nord du tropique du Cancer. » Ni Ceuta, ni Mélilla, ni les îles Canaries ne déclencheraient une réponse de l’OTAN, pas plus que l’OTAN n’aurait à réagir à une attaque contre Hawaï ou Porto Rico.
Sánchez devrait faire ce qui s’impose : donner corps à sa rhétorique anticoloniale et mettre fin à l’occupation espagnole en Afrique. Pendant ce temps, les autorités de Cadix devraient commencer à se préparer à accueillir les colons espagnols déplacés, que Madrid y consente ou non.