MEF Menu
Middle East ForumSupport MEF
Forum du Moyen-Orient · Middle East Forum
Observer

Le passé de Maduro annonce-t-il l'avenir d'Erdoğan ?

Bombarder des paysans kurdes désarmés est une chose ; affronter les forces spéciales américaines en est une autre.

Turkish President Recep Tayyip Erdoğan with U.S. President Donald Trump at a September 30, 2025, meeting on Middle East issues at the United Nations Headquarters in New York.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan aux côtés du président américain Donald Trump, le 30 septembre 2025, lors d'une rencontre consacrée aux dossiers du Moyen-Orient au siège des Nations unies à New York. · Shutterstock

Peu après 2 heures du matin, heure de Caracas, le 3 janvier 2026, les forces spéciales américaines ont fait irruption dans l'enceinte du président vénézuélien Nicolás Maduro, l'ont rapidement capturé et l'ont transporté par hélicoptère, par bateau puis par avion jusqu'à New York, où le révolutionnaire autoproclamé est désormais poursuivi devant le tribunal fédéral du district sud de New York (United States District Court for the Southern District of New York) pour des faits de narcoterrorisme, de trafic de stupéfiants et d'infractions liées aux armes.

Si de nombreux responsables politiques américains ont critiqué à la fois la légalité de l'action du président Donald Trump et ses motivations, aucun n'a versé de larmes sur Maduro, dictateur brutal dont les années au pouvoir, d'abord comme vice-président puis, après la mort de Hugo Chávez, comme président, ont appauvri le pays. Peu de responsables américains, dans l'un ou l'autre camp, doutent non plus des liens de Maduro avec le Corps des gardiens de la révolution islamique ou avec des groupes terroristes désignés comme tels par les États-Unis, tels que le Hezbollah et le Hamas.

La capture de Maduro a un précédent. En décembre 1989, le président George H.W. Bush a lancé l'opération Just Cause pour capturer le dictateur panaméen Manuel Noriega. L'action militaire s'est achevée un peu plus d'un mois plus tard, lorsque les forces américaines se sont emparées de Noriega et l'ont déporté. Un tribunal de Miami a inculpé Noriega de dix chefs d'accusation liés au trafic de stupéfiants, au racket et au blanchiment d'argent. Condamné initialement à quarante ans de prison, il a vu sa peine ramenée à trente ans par un juge. Pour bonne conduite, Noriega n'en a purgé que dix-sept; à l'issue de cette période, il a été jugé en France puis emprisonné au Panama pour d'autres chefs d'accusation, où il est finalement mort en 2017.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan devrait être très inquiet. Comme Chávez et, à travers lui, Maduro, Erdoğan a transformé une première victoire électorale en mainmise totale sur le pouvoir. Il n'a remporté aucune élection de manière légitime depuis vingt ans, manipulant les résultats ou emprisonnant les candidats de l'opposition. Reporters sans frontières classe la Turquie et le Venezuela côte à côte en matière d'atteintes à la presse. Erdoğan comme Maduro ont embrassé, sinon soutenu, des groupes révolutionnaires et terroristes, dont le Hamas et le Hezbollah. Des membres de la famille d'Erdoğan ont tiré profit du pétrole et du commerce avec l'État islamique.

Erdoğan n'en a peut-être cure, estimant au contraire pouvoir littéralement commettre un meurtre en toute impunité grâce à ses liens personnels étroits avec Trump. Il aurait tort. Ses relations étroites avec la Maison-Blanche voleront vraisemblablement en éclats lorsque Trump quittera ses fonctions. Erdoğan devrait d'ailleurs méditer le sort d'autres dirigeants qui ont un jour misé sur des liens étroits avec Washington. Le destin politique de Noriega comme celui de Maduro ont basculé au gré de la politique américaine. Le président Ronald Reagan et la Central Intelligence Agency avaient d'abord considéré Noriega comme un allié potentiel contre les insurrections communistes, avant que George H.W. Bush, ancien directeur de Central Intelligence, ne juge le prix de la tolérance envers les activités et les agissements de Noriega trop lourd à porter. De même, l'administration Obama a un temps épousé le récit Chávez/Maduro, John Kerry déclarant, en tant que candidat démocrate à la présidence en 2004, qu'il soutiendrait des dirigeants démocratiquement élus comme Chávez, même s'ils étaient « imparfaits ».

Ces revirements ne se limitent pas à l'Amérique latine. Moins de dix ans après que Reagan eut présenté le président irakien Saddam Hussein comme une force de modération au Moyen-Orient, Bush père lui faisait la guerre. Un successeur progressiste de Trump pourrait traiter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en paria plutôt qu'en partenaire.

Mais ce qui guette Erdoğan, ce n'est pas seulement un déclin de fortune, c'est le traitement réservé à Maduro. L'épouse de Maduro aurait blanchi de l'argent de la drogue en Turquie, un fait que le procès à venir de Maduro pourrait mettre au jour. Erdoğan a supervisé un dispositif de contournement des sanctions « or contre pétrole » avec l'Iran, portant sur plusieurs milliards de dollars. Son soutien à des groupes terroristes, du Hamas et du Hezbollah aux groupes anti-indiens du Cachemire, est de notoriété publique. En 2015, le quotidien turc Cumhuriyet a publié des photographies et une vidéo montrant les services de renseignement turcs — dont le directeur de l'époque est aujourd'hui ministre des Affaires étrangères — livrant des armes à des groupes affiliés à Al Qaeda. Plutôt que de sévir contre les fournisseurs turcs d'Al Qaeda, Erdoğan a ordonné à son ministère de la Justice de poursuivre le journal. Rumeurs et éléments de preuve relatifs à l'implication présumée d'Erdoğan dans le trafic de stupéfiants circulent abondamment.

L'arrogance d'Erdoğan vis-à-vis des États-Unis a brûlé des ponts. La Turquie vient de perdre une procédure judiciaire engagée depuis des années au sujet de l'attaque menée par les gardes du corps d'Erdoğan contre des manifestants pacifiques à Sheridan Circle, à Washington. L'ambassade de Turquie a depuis longtemps cessé de représenter les intérêts turcs et fait office de bureau politique du parti d'Erdoğan. Des parlementaires de tout l'éventail politique américain méprisent Erdoğan.

Erdoğan a longtemps excellé dans l'art de s'attirer les faveurs des présidents américains, mais sa chance pourrait bientôt tourner. La question qu'il devrait se poser est de savoir s'il est concevable qu'un futur président américain ordonne contre lui une opération du type de celle menée contre Maduro. De même que la Central Intelligence Agency a infiltré des cellules à Caracas pour localiser Maduro, il est probable qu'elle en ait fait autant en Turquie. Les déplacements d'Erdoğan sont peut-être secrets pour les Turcs, mais pas pour les Américains.

La taille des palais d'Erdoğan et leur relatif isolement rendraient un enlèvement éclair relativement aisé. Si Erdoğan a purgé l'armée pour s'entourer de fidèles, ce fut aux dépens de la compétence même de l'armée turque. Bombarder des paysans kurdes désarmés est une chose; affronter les forces spéciales américaines en est une autre.

La Turquie pourrait invoquer l'OTAN, mais l'argument tomberait à plat s'il était établi que la fraude probable d'Erdoğan lors des élections de 2028 le disqualifie comme dirigeant légitime de la Turquie. L'OTAN devrait en outre rendre un constat formel au titre de l'article V, ce qu'elle ne ferait jamais contre les États-Unis, même si Erdoğan comptait des amis parmi des dirigeants européens qui le craignent peut-être mais ne l'apprécient pas. Erdoğan aurait également bien du mal à susciter la moindre compassion si un tribunal américain retenait des charges contre lui avant que les forces spéciales américaines ne le transfèrent, compte tenu de la façon dont lui-même et le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan ont orchestré une campagne mondiale de « restitutions » visant à ramener en Turquie des dissidents politiques et religieux pour les y soumettre à la torture et à l'emprisonnement.

Imaginer aujourd'hui une future opération destinée à livrer Erdoğan au tribunal fédéral du district sud de New York peut sembler farfelu, mais Erdoğan pourrait jouer son dernier coup de dés s'il se croit à l'abri du sort de Maduro. Il pourrait découvrir qu'à la seconde où ses mains seront entravées dans le dos par des colliers de serrage et où des lunettes et un casque de privation sensorielle lui seront posés sur la tête, tous ces amis dont il savourait naguère l'adoration se seront évaporés.

Lire l'original en anglais: Is Maduro’s Past Erdoğan’s Future?

Recevez les analyses du Forum du Moyen-Orient par e-mail : abonnez-vous à la lettre d'information (en anglais)