Comment les islamistes instrumentalisent l'extrême gauche occidentale pour diffuser l'extrémisme
Féministes, militants LGBTQ+ et groupes antiracistes mesurent mal que leurs alliés islamistes combattent le mode de vie et les libertés qu'ils défendent.

Dans les milieux militants d’aujourd’hui, mouvements islamistes et organisations de la gauche radicale et progressiste font de plus en plus cause commune. Ce partenariat n’a rien d’accidentel ni d’inoffensif. En Europe, en Amérique du Nord et au-delà, des islamistes qui cherchent à imposer la loi islamique s’allient aux causes de la gauche occidentale pour gagner en légitimité, obtenir des relais médiatiques et accroître leur influence.
Historiquement, des groupes islamistes comme les Frères musulmans égyptiens ont collaboré avec des nationalistes laïques anticoloniaux, avant de les écarter dès que le pouvoir était à portée de main et de substituer au pluralisme une domination islamiste. En Occident, ils reproduisent aujourd’hui cette stratégie en s’implantant au sein des mouvements de justice sociale : équité raciale, droits LGBTQ+, féminisme, en mobilisant les grilles de lecture de la gauche pour masquer des objectifs fondamentalement opposés.
Cette alliance entre l’extrême gauche et les islamistes n’a rien d’abstrait : elle est documentée et à l’œuvre. Des analystes comme l’anthropologue Philip Carl Salzman décrivent la « coalition rouge-verte » – des islamistes unis à des militants de la gauche radicale – pour s’opposer à la civilisation occidentale, au capitalisme, à la démocratie libérale et au sionisme, alors même que leurs finalités divergent radicalement. Sur le terrain, cela se traduit par des manifestations et une agitation autour de Gaza et d’Israël, comme la poussée de manifestations d’extrême gauche en Australie mêlant « des groupes islamistes et des groupes “progressistes” vert-marxistes » à une rhétorique violente ou extrémiste.
En France, le parti de gauche radicale de Jean‑Luc Mélenchon, La France Insoumise, a adopté une ligne résolument pro‑palestinienne. Le choix de la militante Rima Hassan comme candidate au Parlement européen illustre la stratégie politique du parti, qui vise à courtiser l’électorat arabo‑musulman en recourant à des termes comme « génocide » pour qualifier les actions israéliennes, une rhétorique de plus en plus banalisée dans les cercles de La France Insoumise.
Aux États-Unis, l’alliance dite rouge-verte s’est rendue plus visible autour de la Convention nationale démocrate de 2024. Des manifestations de coalition ont réuni des groupes proches de la mouvance islamiste (par exemple American Muslims for Palestine) et des éléments de la gauche radicale (par exemple Students for Justice in Palestine, Democratic Socialists of America), unis dans une agitation anti‑Israël, antisioniste et, dans certains cas, antisémite.
Si ces deux camps diffèrent quant à leur projet ultime – les islamistes visent un gouvernement religieux, tandis que les militants de la gauche radicale poursuivent une utopie séculière –, ils partagent l’objectif de démanteler les institutions et les valeurs occidentales. Ce sont des alliés de circonstance face à un adversaire commun : la civilisation occidentale.
Des dirigeants islamistes ont admis cette stratégie. Bien qu’emprisonné, le prédicateur islamiste britannique Anjem Choudary, qui dirigeait le groupe interdit al‑Muhajiroun, a prêché la confrontation, exhortant les jeunes musulmans à une guerre idéologique. En 2024, il a été condamné à la prison à vie pour avoir dirigé l’organisation terroriste et encouragé la violence via des conférences en ligne adressées à l’Islamic Thinkers Society en Amérique du Nord. Même avec Choudary derrière les barreaux, des groupes liés à la mouvance islamiste poursuivent leur stratégie en s’appropriant des agendas de gauche. Des organisations comme le Council on American-Islamic Relations ont opéré un virage vers le progressisme, en épousant des causes comme Black Lives Matter et la réforme pénitentiaire afin de conforter leur position au sein de coalitions libérales, tout en masquant leurs origines extrémistes.
En Europe, les services de renseignement français ont récemment désigné le Forum des organisations européennes de jeunesse et d’étudiants musulmans (Forum of European Muslim Youth and Student Organizations), lié aux Frères musulmans, comme un terrain de formation pour des cadres islamistes dissimulés sous les habits d’un plaidoyer mainstream contre l’islamophobie et pour les libertés religieuses. Ils poussent à restreindre une liberté d’expression légitime au moyen de lois sur les discours de haine extensives et tendancieuses, tout en s’opposant aux « valeurs européennes » et au contrôle de l’immigration.
Le paysage politique qui se dessine présente des signaux d’alarme. Les démarches engagées au Congrès américain pour faire adopter le Muslim Brotherhood Terrorist Designation Act of 2025 traduisent une inquiétude bipartisane : la confrérie représenterait une menace idéologique cohérente, enracinée dans un ressentiment antioccidental qui fait naître des groupes extrémistes comme le Hamas.
Les militants de gauche – qu’ils soient universitaires, syndicalistes ou défenseurs d’une justice morale – deviennent souvent des partenaires involontaires, attirés par des causes communes et transitoires mais incapables de percevoir la stratégie de long terme. Ce que les défenseurs du féminisme, les militants LGBTQ+ ou les organisations antiracistes ne mesurent pas, c’est que leurs alliés islamistes s’opposent au mode de vie et aux libertés qu’ils disent défendre. Des voix musulmanes réformistes, telles que Maajid Nawaz de la Quilliam Foundation, avertissent que « les islamistes ne s’intéressent pas au pluralisme. Ils s’intéressent au pouvoir. » La célébration, par la gauche, d’un statut de victime partagé ou d’une rhétorique anticoloniale offre aux islamistes une couverture qu’ils abandonneront s’ils acquièrent suffisamment d’influence.
En définitive, cette alliance n’est pas tenable. L’histoire, de la révolution iranienne de 1979, où les forces islamistes ont épuré leurs anciens alliés de gauche, aux Frères musulmans égyptiens se retournant contre les révolutionnaires laïques, montre qu’une fois la victoire en vue, les islamistes se débarrassent de leurs partenaires. Ceux qui occupent aujourd’hui le flanc gauche en relayant des narratifs islamistes risquent fort de se retrouver, à leur tour, exposés ou opprimés.
L’enjeu n’est pas seulement de critiquer l’extrémisme islamiste, mais de construire une conscience idéologique dans les milieux de gauche. Les militants doivent se demander si la solidarité avec des groupes proches de la mouvance islamiste sert ou, en fin de compte, dessert les causes qu’ils prétendent défendre. Les sociétés libérales attachées à la démocratie, aux droits de l’homme et à la liberté d’expression ne devraient pas tolérer des alliances qui érodent ces fondements mêmes.