Après l'attentat de Bondi, Albanese aura-t-il le courage de Howard ?
Si l'enquête confirme une implication iranienne dans le massacre de Bondi, Canberra devra rompre ses relations diplomatiques avec Téhéran.
Gregg Roman est le directeur exécutif du Forum du Moyen-Orient (Middle East Forum). En 2014, la Jewish Telegraphic Agency l’a désigné comme l’un des « dix dirigeants juifs les plus inspirants au monde » ; il a auparavant été conseiller politique du vice-ministre israélien des affaires étrangères et a travaillé pour le ministère israélien de la Défense. Intervenant régulier sur les affaires du Moyen-Orient, M. Roman a témoigné devant le Congrès américain et la Knesset et intervient sur des chaînes d’information internationales telles que Fox News, i24NEWS, Al Jazeera, BBC World News et les chaînes israéliennes 12 et 13. Il a étudié la sécurité nationale et la communication politique à l’American University et au Centre interdisciplinaire de Herzliya (Interdisciplinary Center in Herzliya) et a signé des contributions dans The Hill, Newsweek, le Los Angeles Times, le Miami Herald et le Jerusalem Post.

Onze juifs ont été assassinés alors qu’ils célébraient Hanoucca à Bondi Beach, le 14 décembre 2025. Parmi les victimes figurait le rabbin Eli Schlanger, qui servait la communauté juive de Sydney depuis dix-huit ans. La police a ensuite découvert des engins explosifs improvisés dans le véhicule des assaillants. Il s’agit de la fusillade de masse la plus meurtrière qu’ait connue l’Australie depuis Port Arthur — et de l’attentat terroriste le plus prévisible de l’histoire du pays.
Pendant vingt-six mois, les signaux d’alerte se sont accumulés. Pendant vingt-six mois, le gouvernement Albanese a traité une campagne terroriste en gestation comme un problème de relations communautaires. Le résultat gît aujourd’hui sur le sable ensanglanté de la plage la plus emblématique d’Australie.
La trajectoire ne laissait place à aucun doute. Le 9 octobre 2023, deux jours après le massacre perpétré par le Hamas en Israël, une foule a convergé vers l’Opéra de Sydney, brûlant des drapeaux israéliens et scandant des menaces contre les juifs, tandis que la police conseillait à la communauté juive de se tenir à l’écart plutôt que de disperser les manifestants. Ce renoncement à faire respecter l’ordre public élémentaire a installé le climat permissif dans lequel tout le reste s’est inscrit.
Ce qui a suivi fut une escalade systématique. Le Conseil exécutif de la communauté juive australienne (Executive Council of Australian Jewry) a recensé une hausse de 316 % des actes antisémites dans l’année qui a suivi le 7 octobre. Le harcèlement des personnes visiblement juives est devenu monnaie courante. Des commerces juifs ont été vandalisés. Puis est venue la campagne d’incendies criminels : Lewis’ Continental Kitchen, un café casher de Bondi, a été la cible d’un incendie criminel en octobre 2024. La synagogue Adass Israel, à Melbourne, a été incendiée en décembre 2024.
En août 2025, le Premier ministre Anthony Albanese a été contraint de reconnaître ce que l’Organisation australienne du renseignement de sécurité (Australian Security Intelligence Organisation) avait établi : le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien avait commandité les deux attaques, en recourant à des criminels locaux comme intermédiaires. L’Australie a expulsé l’ambassadeur d’Iran, première expulsion de ce type depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais les réseaux opérationnels sont demeurés largement intacts, et l’escalade s’est poursuivie.
Le directeur général de l’Australian Security Intelligence Organisation, Mike Burgess, n’aurait pu être plus clair. En février 2025, il déclarait que « s’agissant des menaces contre la vie, notre priorité numéro un est désormais d’enquêter sur les actes antisémites dans ce pays » — la première fois qu’une forme de racisme était désignée comme la catégorie de menace la plus élevée par l’Australian Security Intelligence Organisation. Il avertissait que les menaces étaient « passées du harcèlement et de l’intimidation au ciblage spécifique des communautés juives, des lieux de culte et de personnalités en vue ».
Les responsables israéliens ont formulé les mêmes avertissements à maintes reprises. Après Bondi, le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar a déclaré sans détour : « Le gouvernement australien, qui a reçu d’innombrables signaux d’alerte, doit reprendre ses esprits. » Les avertissements ont été entendus, mais ils n’ont pas été suivis d’effet.
Le cadre de réponse du gouvernement est resté foncièrement insuffisant. Il a nommé un envoyé spécial chargé de lutter contre l’antisémitisme et mis en place des groupes de travail sur la « cohésion sociale ». Il a financé des programmes de formation. Pendant ce temps, Hizb ut-Tahrir — interdit au Royaume-Uni, en Allemagne et dans une grande partie de l’Europe pour apologie du terrorisme — continuait d’opérer ouvertement en Australie, recrutant sur les campus universitaires et injectant une idéologie islamiste révolutionnaire dans ce qui avait été des mouvements de protestation plus larges.
Cette faillite institutionnelle traduit une paralysie plus profonde. Le gouvernement Albanese s’est montré disposé à interdire les symboles de l’extrémisme d’extrême droite, mais peu enclin à affronter l’extrémisme islamiste avec la même vigueur. Que cela procède de la crainte d’accusations d’« islamophobie », de calculs électoraux dans l’ouest de Sydney ou d’une simple timidité diplomatique à l’égard de l’Iran, l’effet est identique : un environnement permissif où la haine des juifs peut passer des slogans aux incendies criminels, puis au massacre.
L’Australie a déjà démontré qu’elle savait répondre à un traumatisme national par une action transformatrice. Après Port Arthur, en 1996, le Premier ministre John Howard a obtenu en douze jours un accord unanime sur le National Firearms Agreement. Il s’est rendu dans des communautés hostiles en portant un gilet pare-balles. Il a engagé son capital politique parce qu’il comprenait que les moments décisifs exigent un leadership décisif.
Le massacre de Bondi appelle une réponse d’ampleur comparable, dirigée non pas contre les armes à feu, déjà étroitement contrôlées, mais contre l’infrastructure idéologique et institutionnelle qui a produit les tueurs.
Cela signifie l’interdiction immédiate de Hizb ut-Tahrir et de toute organisation atteignant le seuil de l’apologie du terrorisme. Cela signifie utiliser le Foreign Influence Transparency Scheme (dispositif de transparence sur l’influence étrangère) pour mettre au jour et couper les flux de financement en provenance d’Iran, du Qatar et d’autres acteurs étatiques hostiles vers les institutions religieuses et les universités australiennes. Cela signifie conditionner les financements fédéraux à l’application, par les universités, de la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste. Cela signifie assurer un financement permanent de la sécurité des écoles et des synagogues juives, en admettant que la menace pesant sur ces institutions relève d’une défaillance de sécurité nationale et non d’une charge privée.
Si l’enquête confirme une implication iranienne dans le massacre de Bondi — et les marques du terrorisme d’État sont manifestes —, l’Australie doit soutenir une action cinétique alliée contre les installations des Gardiens de la révolution islamique et rompre ses relations diplomatiques avec Téhéran.
Des terroristes ont assassiné onze Australiens qui allumaient les bougies de Hanoucca et en ont blessé vingt-neuf autres. Le temps des expressions de solidarité et des mesures progressives est révolu.
En 1996, Howard avait compris que le capital politique dont on hérite s’épuise, qu’on le dépense ou non ; la seule question est de savoir s’il s’épuise par l’action ou par l’inaction. Albanese affronte aujourd’hui la même épreuve. Ce n’est pas seulement la nation australienne qui observe, c’est le monde entier.
