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La paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan va-t-elle à son tour voler en éclats ?

En présentant l'Arménie comme l'« Azerbaïdjan occidental », Aliev montre que la paix n'est pas son objectif et qu'il prend Trump pour un imbécile.

President Donald Trump hosts Azerbaijani leader Ilham Aliyev and Armenian Prime Minister Nikol Pashinyan at the White House in August 2025.
Le président Donald Trump reçoit le dirigeant azerbaïdjanais Ilham Aliev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian à la Maison-Blanche, en août 2025. · White House photo.

Le président Donald Trump estime mériter le prix Nobel de la paix. Il s'est impliqué à Gaza et en Iran, et a affirmé avoir mis fin à un « différend millénaire » entre l'Inde et le Pakistan, quand bien même la partition de l'Inde remonte à moins de 80 ans. Il a également revendiqué la paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo. À Gaza, pourtant, le Hamas continue de refuser de désarmer. Le Hezbollah fait de même au Liban. Le protocole d'accord avec l'Iran n'a pas tenu dix jours et le président congolais Félix Tshisekedi semble davantage préoccupé de vendre sa souveraineté à la Chine, en échange d'un troisième mandat inconstitutionnel, que de respecter ses engagements envers Trump et de mettre au pas les groupes terroristes qui ont fait plonger la stabilité de la région dans une chute libre.

Or il semble désormais que le joyau de la couronne de la diplomatie trumpienne — l'accord entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie — soit sur le point de voler en éclats. Le 8 août 2025, Trump recevait à la Maison-Blanche le dirigeant azerbaïdjanais Ilham Aliyev et le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan. Les deux dirigeants ont signé une déclaration conjointe censée mettre fin à des décennies de combats. « Nous avons enfin réussi à faire la paix », a déclaré Trump. « L'Arménie et l'Azerbaïdjan s'engagent à cesser tous les combats pour toujours, à ouvrir le commerce, les voyages et les relations diplomatiques, et à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'autre. »

Après le cessez-le-feu, Trump a repris à son compte la proposition de « corridor » du président russe Vladimir Putin, en la rebaptisant Trump Route for International Peace and Prosperity (TRIPP), un corridor de transport administré par les États-Unis destiné à relier la Turquie et l'enclave azerbaïdjanaise du Nakhichevan à l'Azerbaïdjan proprement dit à travers l'Arménie.

La conception qu'avait l'administration Trump de ce corridor était viciée d'emblée, pour deux raisons. D'abord, si la Turquie et l'Azerbaïdjan levaient leur blocus de l'Arménie, aucun corridor ne serait nécessaire. Ensuite, l'Azerbaïdjan s'associe à l'Iran par choix, et non par nécessité : en 2022, il a ouvert un corridor traversant le territoire iranien.

Alors que Pashinyan persiste dans l'accord de paix avec l'Azerbaïdjan, arguant que l'Arménie n'a pas d'autre choix compte tenu de la victoire azerbaïdjanaise dans la guerre du Nagorno-Karabakh, ses détracteurs ont toujours mis en doute la sincérité d'Aliyev. Les exigences azerbaïdjanaises augmentent à mesure que s'accumulent les concessions arméniennes. De plus en plus, elles confinent au ridicule. Le mont Ararat est le symbole de l'Arménie depuis bien avant le génocide arménien et, par temps clair, il se découpe à l'arrière-plan d'Yerevan ; pourtant, Aliyev et le président turc Recep Tayyip Erdoğan exigent — et Pashinyan accepte — d'effacer l'Ararat de la symbolique arménienne au motif qu'il se trouve désormais en Turquie.

Aliyev laisse entendre que, nonobstant les compromis de Pashinyan, la réconciliation ne figure pas à l'ordre du jour de l'Azerbaïdjan. S'exprimant le 2 octobre 2026 au congrès de son parti politique, Aliyev a déclaré : « Il est vrai que les anciens dirigeants de l'Arménie sont des criminels de guerre et doivent subir leur châtiment, mais ce sont les autorités arméniennes actuelles qui ont formulé des revendications territoriales à notre encontre, qui ont insulté la dignité du peuple azerbaïdjanais par des déclarations déplacées et incivilisées. Bref, nous ne devons jamais l'oublier. »

Le principal obstacle à une paix durable, d'une administration à l'autre, tient à l'incapacité de la Maison-Blanche et du département d'État à comprendre l'importance de l'idéologie. Les diplomates se rassurent en estimant que des griefs ordinaires sont au cœur de tous les conflits. Faire la paix dans ces conditions supposerait de trouver la bonne formule magique de concessions et de contreparties. Mais lorsque l'idéologie gouverne la prise de décision, l'amélioration économique ne constitue plus un motif d'accord. Et lorsque l'idéologie comporte une dimension religieuse, le département d'État est particulièrement aveugle. Parce que les États-Unis séparent l'Église et l'État, trop de diplomates traitent la religion comme un sujet intouchable. D'autres reconnaissent l'importance de la foi, mais en ont intériorisé une lecture aseptisée du fait d'études menées dans des universités comme Georgetown University, qui laissent les dons qataris façonner leurs programmes.

L'ignorance de l'histoire compte aussi. Lorsque les diplomates changent de dossier tous les deux ou trois ans, ils finissent par perdre de vue les origines des différends ou les promesses passées. Neuf ambassadeurs américains différents se sont succédé à Baku depuis l'arrivée au pouvoir d'Aliyev, sans même compter les divers chargés d'affaires, dont certains sont restés en poste aussi longtemps que des ambassadeurs en titre.

En conséquence, ceux qui gèrent le dossier du Caucase du Sud, sous l'administration Biden comme sous l'administration Trump, ne comprennent pas les causes profondes du conflit et ne savent pas davantage distinguer les atrocités réelles — le pogrom de Baku, par exemple — des atrocités largement factices, tel le prétendu génocide de Khojaly. Ils se méprennent également sur les questions constitutionnelles qui sont au cœur du différend du Nagorno-Karabakh.

Ce que les déclarations d'Aliyev montrent, cependant, c'est que la paix n'est pas son objectif. À l'instar de feu le chef de l'Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat, Aliyev se servira des négociations pour arracher des concessions, puis quittera purement et simplement la table pour reprendre son entreprise d'éradication d'une entité dont il ne pourra jamais accepter l'existence. De fait, tandis que Trump présente la paix entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie comme un exemple de l'art du deal, l'acharnement d'Aliyev à reprendre la rhétorique de l'Arménie comme « West Azerbaijan » donne à penser qu'Aliyev voit en Trump non pas un allié, mais un imbécile sur lequel il peut passer en force.

Si Trump refuse de reconnaître que sa paix est en péril et si Pashinyan continue de gouverner comme un joueur convaincu qu'un pari de plus suffira à effacer sa série de défaites diplomatiques, alors le véritable héritage des deux dirigeants sera d'avoir présidé à la fin du christianisme en Arménie.