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Observer

Reportage au Kurdistan syrien

Dans les villes moyennes, le paysage politique et sécuritaire demeure largement inchangé, hormis quelques changements administratifs.

Sirwan Kajjo est journaliste et chercheur, spécialiste de la politique kurde, du militantisme islamique et des affaires syriennes. Il a contribué à deux chapitres d’ouvrages sur la Syrie et les Kurdes, publiés par Indiana University Press et Cambridge University Press. Ses écrits sur les questions syriennes et kurdes ont été publiés par le Forum du Moyen-Orient (Middle East Forum), le Washington Institute for Near East Policy et d’autres organismes de recherche appliquée et publications de premier plan. Kajjo est également l’auteur de Nothing But Soot (Rien que de la suie), un roman dont l’action se déroule en Syrie. Il est titulaire d’une licence en gouvernement et politique internationale de l’université George Mason.

Newly installed Syrian flags at the Semalka border crossing between Syria and Iraqi Kurdistan, October 20, 2026.
Nouveaux drapeaux syriens installés au poste-frontière de Semalka, entre la Syrie et le Kurdistan irakien, le 20 octobre 2026. · Photo: Sirwan Kajjo

QAMICHLI (SYRIE) — Je suis récemment retourné dans le nord de la Syrie pour la première fois depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, en décembre 2024. Ce que j’y ai vu tranche nettement avec ce que j’avais observé lors de mes précédents voyages dans la région kurde, qui a bénéficié d’une autonomie de fait de 2012 à janvier 2026.

Les changements se voient dès le franchissement de la frontière depuis le Kurdistan irakien. Jusqu’en août 2026, le point de passage de Semalka était contrôlé par l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie, dirigée par les Kurdes, avant que sa branche armée, les Forces démocratiques syriennes, n’annonce sa dissolution. Créé en 2013 comme passage humanitaire pendant le conflit syrien, Semalka était le seul poste-frontière de tout le Moyen-Orient contrôlé par des forces kurdes des deux côtés de la frontière.

Ce n’est plus le cas côté syrien. Désormais officiellement baptisé « poste-frontière international de Semalka », il est sous le contrôle du gouvernement central à Damas. Les drapeaux syriens ont remplacé ceux de l’Administration autonome, et les symboles kurdes ont disparu. Les documents officiels et les tampons venus de Damas se sont substitués à ceux qu’utilisaient autrefois les autorités kurdes. Si ces changements indiquent clairement qui tient désormais les rênes dans le nord-est syrien, la plupart des employés de l’État au poste-frontière sont les mêmes personnes qui étaient rémunérées par l’administration kurde, aujourd’hui dissoute.

Le tableau se nuance à mesure que l’on progresse vers l’ouest le long de la frontière syro-turque, en traversant villes et bourgs kurdes jusqu’à Qamichli, la plus grande ville du nord-est syrien, que les Kurdes de Syrie considèrent comme leur capitale. Qamichli est une ville épuisée. Ses rues surchargées sont criblées de nids-de-poule, bien plus que les habitants ne le voudraient, et la pollution produite par les groupes électrogènes au diesel rend l’air difficilement respirable. Mais ces maux anciens n’occultent pas les dynamiques politiques apparues depuis les affrontements de janvier 2026 entre forces kurdes et troupes gouvernementales syriennes. Les violences ont été suivies d’un accord qui a fini par conduire à la dissolution des Forces démocratiques syriennes et de l’Administration autonome.

Qamichli est désormais sous le contrôle du gouvernement syrien. Son aéroport international devrait rouvrir avant la fin de 2026, tout comme son point de passage avec Nusaybin, en Turquie. Des panneaux arborant les symboles de la République arabe syrienne sont visibles sur les bâtiments publics, renouant avec un paysage qui rappelle l’ère baasiste. Principale différence : la plupart des panneaux sont désormais bilingues, en arabe et en kurde.

Une situation comparable se dessine à Hassaké, chef-lieu du gouvernorat du même nom. Du fait de son importante population arabe, Hassaké voit monter les tensions entre habitants kurdes et arabes. Ces tensions ethniques feront office de test décisif pour savoir si l’accord de janvier 2026 peut apporter une stabilité durable au nord-est syrien. À Hassaké, le gouverneur kurde nommé par Damas semble disposer de peu de pouvoir ; son adjoint islamiste, aligné sur Damas, paraît être le véritable maître des lieux en coulisses. Ce sont des figures de ce type, y compris certains Kurdes, qui se sont imposées depuis le début du processus d’intégration dans le nord-est de la Syrie.

Dans des villes plus petites comme Amouda et Derbassiyé, le paysage politique et sécuritaire est resté, pour l’essentiel, inchangé, hormis des modifications administratives. Les forces de sécurité locales et les policiers chargés de la circulation portent les mêmes uniformes que sous l’Administration autonome. La plupart des institutions publiques et des écoles ont conservé leurs anciennes enseignes. Des drapeaux kurdes et des portraits de combattants tués pendant le conflit sont affichés le long des rues et dans les espaces publics.

Ces différences entre grandes et petites villes du nord-est syrien illustrent la complexité des rapports de force en recomposition dans la région. Alors même que Damas est parvenu à recentraliser le pouvoir, les incohérences de la gouvernance locale dans le nord-est soulignent la difficulté d’étendre de manière uniforme l’autorité du gouvernement central à une région administrée de façon semi-autonome pendant plus d’une décennie.

Au-delà de la confusion sur la question de savoir qui gouverne quoi et si les décisions clés se prennent à Damas ou à Qamichli, les Kurdes de Syrie admettent que toute entente conclue entre leurs dirigeants et Damas est un arrangement temporaire, qui répond peu à leurs revendications anciennes. Tous ceux à qui l’on parle ici insistent sur un point : dans un pays gouverné par des islamistes, des garanties constitutionnelles sont peut-être le seul moyen de préserver les droits des Kurdes sur le long terme.

Lire l'original en anglais: Dispatch from Syrian Kurdistan

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