Ce qui se passerait si l'Iran mettait à exécution ses menaces contre les câbles sous-marins
« S'ils attaquent les infrastructures de notre pays, il est naturel que la République islamique... détruise leurs actifs », a averti le Corps des gardiens de la révolution.
Shay Khatiri est senior fellow au Yorktown Institute et fellow au Rainey Center.

Le porte-parole du Corps des gardiens de la révolution islamique, Hossein Mohebbi, a averti le 19 octobre 2026 que l'Iran pourrait viser les câbles internet sous-marins dans le détroit d'Ormuz, alors que l'administration Trump envisage de reprendre les hostilités.
Yadollah Javani, adjoint aux affaires politiques du Corps des gardiens de la révolution islamique, a lui aussi laissé entendre que l'Iran pourrait perturber le commerce mondial en s'attaquant aux câbles internet sous-marins dans le golfe Persique.
Le 21 octobre, Javani a déclaré : « Les actions de la République islamique seront intelligentes et parfois offensives, car les Américains doivent quitter notre région… et ne pourront jamais ramener la situation à ce qu'elle était avant la guerre. » Suggérant qu'une action offensive conduira les États-Unis à hésiter à attaquer à l'avenir, il a rappelé que « les Américains, les sionistes, les Européens et leurs soutiens » avaient constaté la capacité de l'Iran à endommager des bases militaires américaines.
Javani a poursuivi : « Les Américains et les alliés des Américains dans la région y possèdent de nombreux actifs. S'ils attaquent les infrastructures de notre pays, il est naturel que la République islamique emploie toute sa puissance et détruise aisément leurs actifs et leurs capitaux, y compris les câbles internet — sept câbles passent par le détroit d'Ormuz — et elle peut assurément infliger de graves dommages à l'Amérique. »
Le Qatar a averti l'Iran qu'une telle initiative lui nuirait également. Tasnim News a rétorqué qu'étrangler l'économie mondiale constituait la nouvelle doctrine de l'Iran. L'agence a ajouté que, l'économie iranienne étant moins dépendante d'internet, la perturbation qui s'ensuivrait serait absorbable, précisant que l'Iran a déjà mis en place une ligne de communication alternative avec Oman. À l'inverse, elle a qualifié le Qatar d'« île numérique » qui connaîtrait une crise existentielle s'il perdait sa connectivité. Le rapprochement du Qatar avec les États-Unis l'a rendu impopulaire dans certains milieux en Iran, tout comme son rapprochement avec l'Iran l'a rendu impopulaire aux États-Unis.
Nour News a écrit : « Ces derniers jours, les hauts responsables de la sécurité et de l'armée iraniennes ont évoqué sans détour une attaque contre les câbles internet au fond du golfe Persique, dans l'éventualité d'une nouvelle agression contre l'Iran par les États-Unis et Israël. »
Rappelant que 80 % de l'internet mondial transite par des câbles sous-marins, l'article ajoute : « L'expérience de la mer Rouge ces dernières années a montré que perturber l'internet mondial ne nécessite pas nécessairement de couper tous les câbles. » En 2024 et 2025, les Houthis ont attaqué des câbles internet en mer Rouge, provoquant des perturbations du réseau dans la région. L'article avertit que de telles attaques pourraient susciter des représailles « politiques et juridiques » de la part de pays non belligérants touchés.
C'est une démarche risquée pour l'Iran. Il est vrai que l'impact relatif pour l'Iran serait moindre que pour ses voisins s'il perturbait la connectivité régionale, mais Téhéran devrait prendre en compte deux éléments. D'abord, comme le suggère Nour News, l'Iran a peu d'amis et ne peut se permettre de transformer davantage d'États en ennemis. Ensuite, s'il est exact que les États arabes du Golfe souffriraient davantage en termes absolus, leurs économies se portent bien mieux que celle de l'Iran, et leurs populations ne sont pas au bord d'une révolution. L'économie iranienne ne dispose que d'une faible marge d'erreur.
Plus important encore, la stratégie iranienne postule une interruption de longue durée de la connectivité. La réparation des câbles de la mer Rouge a pris plusieurs mois. Au pire, l'Iran estime qu'il pourra empêcher les réparations en tirant sur les équipes envoyées pour réparer les dégâts. Même s'il y parvenait, cela risquerait d'entraîner une escalade de la guerre et l'occupation du littoral iranien, voire la participation de marines asiatiques et européennes jusqu'ici réticentes. En bref, l'Iran risque une victoire à la Pyrrhus s'il réussissait à perturber l'internet régional.