Les Kurdes, clé du resserrement de l'étau économique sur l'Iran
Les Kurdes d'Iran peuvent aider les États-Unis à l'emporter, mais ils ne le feront pas sur de simples promesses.

Le 13 juillet 2026, le président Donald Trump a annoncé un blocus contre l'Iran, qui doit entrer en vigueur le lendemain. Les responsables iraniens sont restés inflexibles, exigeant sa levée tout en en niant l'impact. Le commandement central des États-Unis (U.S. Central Command) a ensuite fait état de dizaines de navires déroutés, et de quelques-uns arraisonnés ou mis hors d'état de naviguer.
Les bombardements américains sur les ports iraniens du golfe Persique et de la mer d'Arabie affaiblissent encore la capacité de l'Iran à se réapprovisionner par mer, même si la Russie et l'Iran utilisent la mer Caspienne comme porte dérobée.
Alors que la Maison-Blanche et le Pentagone s'inscrivent désormais dans le temps long afin de priver la République islamique des ressources dont elle a besoin pour financer sa machine répressive, ils se font peut-être une idée erronée de la façon dont l'Iran fait tourner le blocus. Ce n'est pas parce que les États-Unis se concentrent sur la mer que leurs adversaires font de même.
L'Iran compte plus de 50 postes-frontières officiels. Certains sont dédiés aux voyageurs, d'autres aux seules marchandises. De façon anecdotique, ils sont devenus beaucoup plus actifs depuis l'embargo maritime. Si les contrebandiers exploitent plusieurs points de passage informels, ceux-ci n'ont qu'une capacité limitée pour faire transiter les marchandises les plus lourdes et l'armement.
La géographie de l'Iran — avec l'essentiel de la population et des centres militaires au nord et au nord-ouest — limite l'utilité des cinq postes-frontières avec l'Afghanistan et des six avec le Pakistan. L'Afghanistan présente un relief trop difficile pour servir de cordon ombilical durable. La Chine pourrait utiliser les liaisons de son corridor économique Chine-Pakistan pour acheminer des armes vers le port de Gwadar, mais l'agitation baloutche, au Pakistan comme en Iran, ainsi que le nombre limité de corridors routiers à l'intérieur de l'Iran, font du Pakistan une bouée de sauvetage peu fiable pour le régime.
L'Irak dispose de 11 postes-frontières officiels, répartis entre le contrôle du gouvernement irakien et celui du gouvernement régional du Kurdistan. Ils comptent moins pour approvisionner l'Iran que pour approvisionner l'Irak : les frères Talabani reçoivent du pétrole iranien de contrebande à prix réduit pour le revendre en Irak. Le Parti démocratique du Kurdistan commerce avec l'Iran via le poste de Haji Umran, haut dans les monts Zagros. Les agents iraniens, les Iraniens qui écoulent à bas prix des produits manufacturés et agricoles, et les pèlerins religieux empruntent les postes-frontières situés plus au sud.
Pour le contournement des sanctions et le réapprovisionnement militaire, les postes-frontières du nord de l'Iran — Turquie, Azerbaïdjan, Turkménistan et Arménie — sont plus importants. Il existe quatre postes-frontières officiels entre la Turquie et l'Iran, avec des liaisons routières et ferroviaires. Bien que la Turquie soit membre de l'OTAN, le président Recep Tayyip Erdoğan a cherché à plusieurs reprises à tirer profit du contournement des sanctions et du commerce avec la Russie comme avec l'Iran, ce qui place potentiellement les postes-frontières turco-iraniens dans l'équation.
Il existe dix postes-frontières avec l'Azerbaïdjan et le Turkménistan. Astara est le poste par lequel opèrent les petits commerçants iraniens et azerbaïdjanais, qui transportent des valises de marchandises à vendre dans le pays voisin. Sa rénovation récente par l'Iran le rend toutefois bien plus propice au commerce terrestre. Il en va de même pour Bileh Savar, près d'Ardabil, et pour le poste de Djolfa, ouvert 24 heures sur 24, à la frontière avec l'enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan. Le Turkménistan, de son côté, a rouvert le passage de Lotfabad-Artyk, lui aussi ouvert 24 heures sur 24. Les trains peuvent passer à Sarakhs, moyennant un changement d'écartement. Le passage d'Incheh Borun-Gudri Olum est particulièrement important car il se trouve sur le corridor routier et ferroviaire de la route asiatique 70, qui s'étend sur près de 3 000 miles depuis la ville ukrainienne de Donetsk, occupée par la Russie, jusqu'à Bandar Abbas.
Le poste-frontière arméno-iranien, à six miles de Meghri, en Arménie, traite surtout des voyageurs. Le côté arménien est montagneux, avec des routes mal adaptées à un trafic fréquent de poids lourds. Tandis que Trump et le secrétaire d'État Marco Rubio font la promotion de la Trump Route for International Peace and Prosperity (Route Trump pour la paix et la prospérité internationales) destinée à relier la Turquie et le Nakhitchevan à l'Azerbaïdjan proprement dit, à travers la province arménienne méridionale du Syunik, ils ignorent que l'Azerbaïdjan exploite également son propre corridor Araz reliant le Nakhitchevan à l'Azerbaïdjan par le nord de l'Iran.
Avec une telle connectivité de l'Iran vers la Russie, et peut-être la Chine, via l'Azerbaïdjan, le Turkménistan et, potentiellement, la Turquie, la question qui se pose à la politique américaine devient celle-ci : comment bloquer le pont terrestre du Corps des gardiens de la révolution islamique ?
Si Trump a brièvement évoqué les Kurdes d'Iran dans le cadre d'un plan abandonné consistant à utiliser les peshmergas kurdes iraniens pour susciter une insurrection et marcher sur Téhéran, les Kurdes d'Iran ont aujourd'hui un rôle potentiellement bien plus important à jouer. Une insurrection kurde garde tout son sens, d'autant plus si les Kurdes étendent leur parapluie à des combattants iraniens issus d'autres mouvements. L'objectif ne devrait pas être le terrorisme que pratique l'Organisation des Moudjahidines du peuple (Mojahedin-e Khalq), mais plutôt une insurrection disciplinée mobilisant des forces terrestres et peut-être des drones pour perturber, sinon bloquer, le trafic en provenance des frontières turque, azerbaïdjanaise et turkmène.
Les Kurdes sont particulièrement bien préparés à mener une telle mission s'ils reçoivent un soutien politique et diplomatique, non seulement dans le nord-ouest de l'Iran mais aussi dans le nord-est. Au XVIe et au début du XVIIe siècle, Chah Abbas Ier a déplacé des Kurdes vers le Khorassan. Leurs descendants sont aujourd'hui bien placés pour bloquer le trafic en provenance du Turkménistan.
Trump promet à répétition que la victoire est à portée de main, mais les États-Unis ne peuvent l'emporter face à l'Iran si la Maison-Blanche et le département d'État continuent de négliger les partenariats avec des forces locales comme les Kurdes d'Iran. S'associer aux Kurdes ne relève pas du séparatisme ethnique à l'intérieur de l'Iran ; ils constituent plutôt une force — et peut-être la seule — capable d'empêcher la Russie d'acheminer par camion des armes aussi vite que le Corps des gardiens de la révolution islamique peut les tirer.
Les Kurdes ne sont pas dupes pour autant. Les Kurdes de Syrie ont permis la défaite de l'État islamique, mais Washington n'a jamais honoré les vagues promesses qu'il avait formulées. Aujourd'hui, les Kurdes d'Iran disent qu'ils peuvent aider les États-Unis à l'emporter, mais ils ne le feront pas sur de simples promesses. Il faudra que le département d'État et le département du Trésor retirent des listes et des désignations les groupes kurdes faussement accusés de terrorisme, de trafic de drogue ou d'irrégularités financières, et autorisent ces mêmes groupes à opérer ouvertement à Washington, où ils pourront assurer la liaison et la coordination nécessaires pour sauver l'économie mondiale et contribuer à apporter la liberté à tous les Iraniens.
