Washington doit fermer la Caspienne au commerce de contournement iranien et russe
Les États-Unis devraient désigner les pétroliers, les coques qui transportent les armes, leurs gestionnaires et assureurs, ainsi que les ports qui les accueillent.
Leonid Baratz est un journaliste d’investigation et correspondant à l’étranger, fort de plus de quinze ans d’expérience au Moyen-Orient et en Europe centrale. Correspondant au Moyen-Orient pour la télévision et la radio nationales ukrainiennes, et analyste des affaires est-européennes pour le groupe médiatique israélien BeSheva, il couvre les questions militaires, la diplomatie internationale et les relations interconfessionnelles.

Le blocus imposé par la marine américaine le long de la côte sud de l'Iran fonctionne. Maritime Executive, une plateforme médiatique spécialisée dans le transport maritime, estimait le 28 septembre 2026 que le blocus « semble efficace à près de 100 % », tarissant le trafic via Bandar Abbas et d'autres ports méridionaux qui assuraient 80 % du commerce iranien avant la guerre. Téhéran a réagi en se tournant vers le nord. Les volumes de fret en mer Caspienne ont augmenté de 50 % entre mars et août 2026, selon le gouverneur de la province riveraine du Gilan.
La route n'a rien d'un secret. Peu après l'enlisement de la guerre russe en Ukraine, l'Iran a expédié à la Russie plus de 300 000 obus d'artillerie et un million de cartouches à travers la Caspienne. Israël a frappé, le 18 mars 2026, la base navale iranienne de Bandar Anzali sur la mer Caspienne. Des responsables américains ont ensuite reconnu que la Russie acheminait vers l'Iran, par la même route, des composants de drones destinés à reconstituer l'arsenal iranien. Le 10 septembre 2026, des drones ukrainiens ont frappé le port de Makhachkala, dont l'état-major ukrainien a affirmé qu'il joue un rôle vital comme « corridor logistique Russie-Iran à travers la mer Caspienne, utilisé pour contourner les sanctions occidentales ».
Pourtant, malgré l'importance croissante de la route caspienne, les sanctions américaines restent à la traîne.
En novembre 2024, le responsable du bureau russe de Khazar Sea Shipping Lines, la branche caspienne du transporteur public iranien Islamic Republic of Iran Shipping Lines — visée par des sanctions américaines depuis 2018 — a déclaré que l'entreprise avait acheté deux vraquiers à Saint-Pétersbourg, qu'un troisième était en construction au chantier Lotos d'Astrakhan, et qu'elle envisageait un pétrolier supplémentaire ainsi qu'un porte-conteneurs. Le 16 février 2026, Lotos a livré le Sahel-e Khazar, de 7 200 tonnes, en présence de l'ambassadeur d'Iran à Moscou, et le directeur général d'Islamic Republic of Iran Shipping Lines a indiqué que la capacité caspienne de la compagnie atteindrait 150 000 tonnes d'ici à la fin de 2026.
L'article 3 de la convention d'Aktau de 2018 interdit la présence en mer Caspienne des forces armées d'États non riverains. L'Iran semble être le seul État riverain à ne pas l'avoir ratifiée, même si le président Masoud Pezeshkian l'a transmise au Parlement en août 2026. La seule force qui interdise la mer est l'Ukraine, avec des drones à longue portée. Le 25 juillet 2026, elle a frappé deux cargos sous sanctions, Port Olya 2 et Begey, une corvette russe et un cargo iranien. Téhéran a qualifié l'attaque d'« hostile et criminelle », mais n'a jamais publié de manifeste. Si le département du Trésor américain a sanctionné Port Olya 2 en avril 2023 pour avoir facilité le commerce militaire entre l'Iran et la Russie, il ne l'a pas fait pour Begey, alors même que le Royaume-Uni et le Canada l'avaient fait.
Le Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act, que le président Donald Trump a signé le 18 septembre 2026, confère à Washington une vaste portée sur les échanges. Les résumés insistent sur le pétrole, mais le texte vise tout navire étranger dont le président établit que la Russie ou des Russes l'utilisent pour transporter du pétrole, du gaz, du charbon, de l'uranium, « des armes ou d'autres biens dans le but de contourner les sanctions imposées par les États-Unis ou d'autres pays ». Cette dernière formule compte : un navire qui échappe aux sanctions britanniques ou canadiennes peut être visé même si Washington ne l'a jamais inscrit sur une liste. La loi vise aussi quiconque possède, exploite, gère ou assure sciemment un tel navire, ainsi que les exploitants de ports étrangers qui desservent des navires que les États-Unis ont sanctionnés pour avoir soutenu la Russie. Port Olya 2 en fait partie. Le président a jusqu'au 18 octobre 2026 pour agir.
Le gouvernement américain devrait viser non seulement les pétroliers, mais aussi les coques qui acheminent des armes à travers la Caspienne, leurs gestionnaires et assureurs, ainsi que les ports qui les reçoivent. Pour réduire au minimum les divergences de sanctions avec ses alliés, le département du Trésor américain devrait s'assurer que tout navire sanctionné par le Canada, l'Union européenne, l'Ukraine ou le Royaume-Uni déclenche, au minimum, un réexamen visant à aligner les listes.
Faute d'option navale, la mer Caspienne étant enclavée, le gouvernement américain devrait surveiller des ports tels qu'Amirabad, Anzali, Noshahr, Astrakhan, Olya et Makhachkala, et partager ses constats avec Israël et l'Ukraine.
Bien que la loi ne le prévoie pas explicitement, le département du Trésor devrait tester si les chantiers livrant des coques à un transporteur iranien sanctionné relèvent des pouvoirs de sanction existants. Si les juristes du Trésor peuvent le démontrer, ils devraient alors sanctionner les chantiers navals.
Enfin, si les agences de renseignement répugnent à rendre publiques des informations afin de protéger leurs sources et leurs méthodes, lorsque des frappes touchent des cargos contestés, la publication rapide du manifeste des navires visés retourne la propagande de Téhéran contre elle-même. Le Trésor devrait étendre son action contre VTB Bank, qui visait le canal rouble-rial entre la Russie et l'Iran, aux banques de Russie et de juridictions tierces qui règlent le fret caspien ou paient les coques construites en Russie pour le transporteur iranien.
