Israël devrait évacuer les Juifs d'Irlande
Des responsables politiques irlandais diabolisent ouvertement les Juifs, et la complaisance croissante envers l'antisémitisme rend le bain de sang inévitable.

Le journaliste austro-hongrois Theodor Herzl a grandi convaincu que les Juifs pouvaient et devaient s’assimiler à la société européenne, mais l’affaire Dreyfus, en France, l’a persuadé que l’antisémitisme rendait cela impossible. En 1896, il publie Der Judenstaat, où il avance que seul un foyer national juif pourrait résoudre la question juive. Herzl voyait dans l’État juif un lieu où les Juifs pourraient trouver refuge contre les persécutions et jouir à la fois de la dignité et d’une identité nationale. En 1897, Herzl préside le premier Congrès sioniste, puis fonde l’Organisation sioniste mondiale. Il est aujourd’hui considéré comme le père fondateur du sionisme.
Herzl meurt en 1904, des décennies avant que son rêve ne se concrétise, mais Israël a bel et bien rempli la mission dont il rêvait. Lorsque les États arabes ont expulsé leurs Juifs en masse, Israël leur a offert un refuge. Il en est allé de même à la chute de l’Union soviétique, lorsque des Juifs ont afflué en Israël depuis la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et d’autres anciennes républiques soviétiques.
Israël n’attend pas passivement l’arrivée de Juifs assiégés ; dès ses débuts, l’État a montré sa volonté et sa capacité à les secourir. En 1949-1950, le nouvel État a lancé l’opération Tapis volant pour sauver les Juifs du Yémen, amenant 49 000 Juifs yéménites en Israël. Lorsque le secrétaire d’État Henry Kissinger a négocié les accords d’Alger qui ont trahi les alliés kurdes irakiens, le Mossad a contribué au sauvetage de Juifs kurdes. En 1984-1985, Israël a lancé l’opération Moïse. Le Mossad, la Central Intelligence Agency et les forces de sécurité soudanaises ont collaboré pour évacuer 8 000 Juifs éthiopiens, victimes de préjugés croissants sous le Derg, le régime communiste éthiopien. En 1991, alors que le Derg s’effondrait et que les forces rebelles approchaient de la capitale éthiopienne, Israël a entrepris l’opération Salomon, une mission dangereuse mais efficace destinée à évacuer par la voie des airs plus de 14 000 Juifs éthiopiens restants depuis Addis-Abeba. En 2021, un pays arabe a aidé Israël à évacuer une grande partie des 100 Juifs yéménites encore sur place, laissés derrière des décennies plus tôt, dont beaucoup se sont ensuite installés au Caire.
Alors que l’antisémitisme déferle de nouveau sur l’Europe — en particulier sur l’Irlande, l’Espagne et la Norvège — Israël devrait peut-être envisager une nouvelle opération de sauvetage. De même qu’Israël ne pouvait compter sur le Yémen, l’Irak et l’Éthiopie lors de ses sauvetages du XXe siècle, il pourrait solliciter l’aide des États-Unis, comme il l’a fait pour l’opération Moïse.
Que l’Irlande soit aujourd’hui le pays le plus dangereux d’Europe pour les Juifs ne devrait pas surprendre. Pendant la guerre froide, l’Armée républicaine irlandaise s’entraînait avec toute la gamme des groupes terroristes anti-israéliens. Depuis la présidence de Mary Robinson, l’Irlande a légitimé, sinon tactiquement épousé, l’antisémitisme. Au cours de l’année écoulée, l’antisémitisme a atteint des sommets sans précédent et met en danger immédiat les 2 200 Juifs du pays.
Selon le Jewish Representation Council of Ireland (Conseil représentatif juif d’Irlande), 143 incidents ont été recensés pour le seul second semestre 2025, allant des insultes et du vandalisme aux menaces, à l’exclusion et aux agressions. Le gouvernement irlandais n’en a cure : il ne dispose d’aucun système d’enregistrement des incidents antisémites. Porter une étoile juive est devenu une invitation à l’agression. Des taxis et des commerces irlandais refusent de servir des Juifs ou des Israéliens sans en subir la moindre conséquence. Près d’Ardee, des croix gammées et une étoile juive accompagnée du mot « Rat » ont été peintes sur une route ; un journal local a rapporté qu’il s’agissait du onzième incident de ce type. Le grand rabbin d’Irlande avait signalé auparavant des graffitis « Kill Jews » (« Tuez les Juifs ») et « Zionists out of Ireland » (« Les sionistes hors d’Irlande »). Des vandales ont pris pour cible à la fois le Musée juif et la synagogue de Belfast.
L’antisémitisme s’est installé au cœur du débat politique. La conseillère municipale du Fine Gael Punam Rane a déclaré devant le conseil municipal de Dublin que « toute l’économie américaine est dirigée par les Juifs, par Israël ». Le conseiller dublinois Philip Sutcliffe, ancien olympien irlandais, a publié une vidéo contenant des images d’Hitler, appelant à une « véritable solution finale » contre des Juifs « sataniques ». Il a ensuite présenté des excuses qui n’en étaient pas, déclarant qu’il avait « probablement partagé quelque chose que je n’aurais pas dû ». Le parlementaire du Sinn Féin Johnny Guirke a dit des Israéliens : « Ce sont les nazis du monde moderne, un répugnant régime sioniste composé d’êtres suprémacistes, qui qualifient d’antisémite toute prise de position contre eux… La plupart des gens dans le monde en ont tout simplement assez de cette posture de victime. » Lors du même débat, Colm Burke, du Fine Gael, a comparé Gaza au ghetto de Varsovie.
Après que le Celtic Marine Bar a accroché une banderole annonçant l’interdiction d’entrée à « tous les sionistes », les affaires ont explosé. D’autres bars lui ont emboîté le pas.
Le président Michael D. Higgins a balayé les mises en garde de l’ambassadeur d’Israël sur l’antisémitisme, les qualifiant d’« opération de communication », et a affirmé qu’« il n’existe aucune preuve » que des Juifs soient en danger. Catherine Connolly, qui lui a succédé et occupe aujourd’hui la présidence irlandaise, a qualifié le Hamas de « partie intégrante du tissu du peuple palestinien ». Elle n’a évoqué ni ses massacres d’autres Palestiniens ni le programme génocidaire que le Hamas a exposé dans sa charte et dans ses déclarations ultérieures. Le Taoiseach (Premier ministre) Micheál Martin nie lui aussi que l’Irlande ait un problème d’antisémitisme, alors même que le capitaine de l’équipe de football irlandaise a refusé de serrer la main de son homologue israélien et que l’équipe irlandaise a protesté pendant l’hymne national d’Israël.
En mai 2026, l’hôtel Herbert Park de Dublin aurait annulé, sans explication, un bloc de 70 chambres réservé pour une conférence des Special Envoys and Coordinators Combating Antisemitism (SECCA, envoyés spéciaux et coordinateurs pour la lutte contre l’antisémitisme), après que le directeur de l’établissement eut demandé, de façon bizarre, si l’armée israélienne serait impliquée.
Les Juifs d’Irlande subissent le même type de discrimination, de ciblage et de persécution que ceux qu’ils ont connus au Yémen à la fin des années 1940 et en Éthiopie dans les années 1980. Les responsables politiques irlandais diabolisent ouvertement les Juifs, les traitent comme des citoyens à double allégeance et les soumettent à une culpabilité collective. Des responsables politiques encouragent des boycotts de style nazi et disculpent ceux qui prennent les Juifs pour cible de violences. Alors que les Irlandais, avec une suffisance raciste, s’estiment plus éclairés que le royaume du Yémen et le Derg éthiopien, et se croient les arbitres de la moralité, ils sont devenus moralement aveugles. L’inaction irlandaise et la complaisance croissante envers l’antisémitisme rendent inévitable un bain de sang antisémite, car jamais des foules excitées par leurs dirigeants ne choisissent la retenue.
Les planificateurs israéliens ne devraient pas se persuader que les Juifs sont, d’une manière ou d’une autre, plus en sécurité en Europe qu’ailleurs, ni que les foules européennes sont moins violentes que les foules arabes ou africaines. A minima, les planificateurs chargés des plans d’urgence devraient déterminer s’ils savent où vivent les Juifs en Irlande et de quels avions ou navires ils auraient besoin pour les évacuer. L’armée irlandaise, comme celles du Yémen et de l’Éthiopie, ne coopérerait vraisemblablement pas, mais elle est impuissante. Israël ou les États-Unis pourraient aménager une base de départ permettant de poser des Ospreys ou des hélicoptères afin de transporter les Juifs irlandais vers un lieu plus sûr au large, peut-être l’île de Man, avant de poursuivre vers Israël ou les États-Unis.
Mieux vaut être préparé. Peut-être cette préparation elle-même réveillerait-elle les Irlandais quant à ce qu’ils sont véritablement devenus et à la mesure dans laquelle le monde extérieur reconnaît un problème qu’ils nient.